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N°25 - Les vallées : sens, territoires et signes

Revue N°25 - 1er semestre 2004

Les vallées : sens, territoires et signes

(Dossier coordonné par : Florence Hénon et Catherine Pascal )

 

DOSSIER


Depuis une vingtaine d’années, les réseaux d’entreprises qui fonctionnent par coopération entre acteurs économiques, technologiques et chercheurs se multiplient. Cependant, malgré sa place de cinquième puissance industrielle mondiale, la France, en 2004 calcule encore un trop petit nombre de pôles de rayonnement international. La politique d’aménagement du territoire a la volonté d’y remédier en mettant en place une stratégie territoriale qui permettra la création et le renforcement de pôles de compétitivité regroupant les entreprises, les réseaux technologiques conjuguant la recherche publique et privée ainsi que les établissements d’enseignement et de recherche. C’est ce que nous explique la DATAR dans sa dernière étude prospective. Innovation et recherche se trouvent donc au service de la compétitivité industrielle. Mais qu’est-ce qu’un Système Productif local (SPL) ? « Un système productif local désigne un groupement d'entreprises et d'institutions géographiquement proches et qui collaborent dans un même secteur d'activité. Si les SPL correspondent en France à des réalités anciennes, ils traduisent en même temps une nouvelle donne du développement régional. A l'heure de la globalisation, ils prennent en France une importance croissante donnant naissance à une nouvelle politique publique portée par la Datar en partenariat avec les ministères ayant des responsabilités en matière de développement économique ». En Europe mais aussi, au niveau mondial, de plus en plus de systèmes productifs locaux émergent ou solidifient leur fonctionnement en Occident et Orient. Dans les années quatre-vingt dix, la France scientifique et technologique se concentrait autour de deux régions : l’Ile de France et Rhônes-Alpes. A partir des années 2000, cette concentration s’estompe sensiblement car d’autres régions progressent, surtout les Pays de Loire et le PACA. Les régions comme l’Alsace, la Bretagne et l’Aquitaine sont, elles aussi, en évolution mais à un moindre niveau. La DATAR a identifié en France 530 agglomérations qui représentent une condition nécessaire mais insuffisante des réseaux d’entreprises. Dès les années quatre-vingt, la moitié des PME danoises fonctionne en réseau. Actuellement, la politique du Danemark appuie totalement les « clusters » dans tous les domaines d’excellence de niveau national et international. L’Allemagne compte une centaine de réseaux de compétence, surtout dans les domaines des technologies avancées. Le Brésil prévoit pour 2007, un renforcement de son aide à 600 organisations productives locales. Des études ont montré que surtout quatre facteurs participent à la réussite des mises en réseau et se retrouvent systématiquement dans les régions dites performantes. Il s’agit de : § La spécialisation et la structure sectorielle. § L’innovation et le savoir. § L’accessibilité et la connectivité. § La stratégie, les liaisons et la gouvernance. Selon le niveau de collaboration, il peut exister bien sûr, des différences entre les systèmes productifs locaux. Dans ce numéro, dix auteurs se sont exprimés sur ce thème à différents niveaux, tous complémentaires et donc différents aspects ont pu être abordés. Ce dossier ne prétend pas être exhaustif et il reste encore beaucoup de choses à dire. Cependant, nous listons les aspects suivants : Paulette Pommier retrace l’historique des groupements thématiques d’entreprises en France ou comme les nomment certains universitaires, les systèmes productifs locaux (SPL). A partir d’un projet réalisé ces cinq dernières années par la DATAR, l’auteur nous expose le contexte dans lequel la Délégation à l’Aménagement du Territoire a travaillé sur les réseaux d’entreprises. Puis, elle définit l’identité collective, les réseaux SPL, les différentes motivations à la construction de ces regroupements et leurs caractéristiques. De cette manière, elle met en exergue l’importance et la complexité des réseaux, le gain en compétitivité, le développement et le maintien des richesses mais aussi l’humanité de ces systèmes productifs locaux. Yann Bertacchini traite de l’intelligence territoriale, du territoire, en tant qu’entreprise d’intelligence collective. L’auteur explique qu’information et processus de communication participent à l’intelligence territoriale. Puis, dans la partie suivante, il expose « en quoi les TIC redessinent les frontières territoriales et également, comment et de quelle manière, la démarche d’information et de communication territoriales aide un territoire au façonnage et à la constitution d’un capital formel ». Culture participative, méthodologie transversale des projets, politique de développement local des implications, présentation du programme MAINATE qui signifie « Management de l’information appliquée au territoire », autant d’éléments de réponses que propose Yann Bertacchini. Il termine en précisant où et comment se positionne une démarche d’intelligence collective. Bernard Dagenais met en exergue la cohérence qui doit figurer dans tout réseau d’entreprises ou de collectivités. Cette dernière doit réussir à garder la culture de chaque membre tout en créant une unité d’ensemble et donc une image commune dans laquelle chacun se reconnaîtra sans difficulté. Là se trouve, bien évidemment la difficulté. Il prend l’exemple du village de Sainte-Pétronille, à l’île d’Orléans, au Québec qui rassemble six communes de taille identique et qui a réussi à se forger une identité forte. A l’inverse des affirmations de Peters Thomas et de Robert Waterman, Bernard Dagenais explique que ce qui a créer et renforcer la personnalité de ce village c’est la mise en place d’une protection à la fois architecturale, artistique et culturelle. La mise en valeur des ces éléments a permis au village de se différencier des autres. C’est donc, par cette différence que « les parties d’un réseau réussissent à s’affirmer autant et à créer un tout plus riche ». Paul Rasse et Jacques Araszkiewiez nous proposent une partie de leur réflexion sur Sophia-Antopolis, travail qu’ils mènent en collaboration avec d’autres chercheurs, au sein du laboratoire I3M, Information, Milieux, Médias, Médiation. Une partie de leur étude a déjà été publiée dans un premier tome, L’héritage d’une utopie et le second arrive prochainement. Dans cet article, les auteurs établissent une synthèse, une mise à distance puis une réflexion critique à propos de l’organisation et de la communication de la technopole de Sophia-Antipolis. Ils posent respectivement leurs deux regards sur la technopole. Des origines de Sophia-Antipolis, en passant par le mythe et l’utopie, Paul Rasse nous expose la fertilisation croisée de cette « grande machine communicante ». Jacques Araszkiewiez nous présente un bilan économique contrasté de la technopole et il montre que cette dernière a quelques déséquilibres et donc certaines faiblesses. Il met à jour l’utilisation des trois systèmes de Maertens c’est-à-dire « sauvage, barbare et civilisé » dans la technopôle. Enfin, il explique l’impact international de celle-ci et parle de « non-lieu de la mondialisation ». Florence Hénon définit l’identité des quatre pôles de compétitivité d’Eure-et-Loir, élément d’une recherche en cours d’élaboration sur les groupements thématiques d’entreprises. La construction du sens de ces pôles passe par différents éléments dont celui du concept identitaire. C’est cet aspect que l’auteur nous présente aujourd’hui avec une analyse des signes visuels et non visuels de la communication de ces vallées. Communication qui, parfois, pour certaines d’entre elles, ne transmet pas totalement la réalité. Enfin, elle pose la question du sens, de la signification de l’engagement de certains grands noms dans une association de ce type. Image institutionnelle et image de marque : sont-elles complémentaires ou opposées? Serge Agostinelli réfléchit sur « les significations construites dans les processus de changement organisationnels ». A partir de la notion de contexte, qu’il définit au sens de « toile de fond des perspectives économiques et des turbulences sur les marchés » dans un premier temps, il explique, dans une seconde partie, comment ce contexte participe à l’élaboration d’un « changement coadapté » au sein de l’organisation. Cela entraîne « le passage d’une communauté de sens à une communauté de pratique ». Pour Alexandre Mallard, la tendance des entreprises à se regrouper pour agir dans l'environnement économique constitue un sujet qui a donné lieu à de nombreux travaux au cours des dernières années. Elle attire peut-être encore plus l'attention lorsque l'on parle de PME, peut-être parce que le regroupement y est perçu comme une façon de contrebalancer les effets de taille sur le marché et de renforcer la capacité des petites entreprises à se positionner dans des milieux économiques favorables aux grandes entreprises intégrées et aux grands groupes. Pour les PME, le regroupement apparaît comme une ressource pour survivre et se développer dans un environnement marqué par l'exacerbation de la concurrence, l'ouverture des marchés et la mondialisation, la montée d'une économie de la variété qui suppose de rechercher des coopérations pour élargir les offres et les adapter aux exigences de consommateurs dépeints comme toujours plus exigeants. Francine Boillot-Grenon s’exprime sur la médiation de la biodiversité, médiation naturaliste et culturelle. Elle expose la recherche muséologique menée par les parcs nationaux, en tant que territoire. Une interview de Jean-Luc Ansel, directeur du CODEL et initiateur des quatre pôles de compétitivités d’Eure et Loir nous permet de conclure ce dossier en commentant l’exemple du fonctionnement et du management des pôles euréliens.

Il existerait dans les réseaux d’entreprises qui se sont constitués sur les territoires, dans les systèmes productifs locaux en particulier, une dimension cachée de la motivation de ses protagonistes. De nature non économique et à contenu souvent éthique, elle est apparue en dehors de tout modèle préétabli, à la différence de la dimension économique qui, elle, a été explicitement encouragée par les pouvoirs publics. Les patrons, à la tête de petites affaires seraient donc, lorsqu’ils font la démarche de conduire des projets communs, porteurs d’une conception du développement globalisante. Parce qu’il ne renvoie pas aux représentations traditionnelles de l’entrepreneur, ce comportement reste toutefois largement méconnu.

Il existerait dans les réseaux d’entreprises qui se sont constitués sur les territoires, dans les systèmes productifs locaux en particulier, une dimension cachée de la motivation de ses protagonistes. De nature non économique et à contenu souvent éthique, elle est apparue en dehors de tout modèle préétabli, à la différence de la dimension économique qui, elle, a été explicitement encouragée par les pouvoirs publics. Les patrons, à la tête de petites affaires seraient donc, lorsqu’ils font la démarche de conduire des projets communs, porteurs d’une conception du développement globalisante. Parce qu’il ne renvoie pas aux représentations traditionnelles de l’entrepreneur, ce comportement reste toutefois largement méconnu.

Cet article issu d’une recherche menée pendant l’année 2002-2003, vise à une réflexion critique concernant l’histoire, l’organisation et la communication de la technopole de Sophia-Antipolis, au regard du phénomène complexe dit de « glocalisation ». Nous montrons comment, à ses origines la technopole qui devait concourir à la fertilisation croisée, fonctionne comme une utopie, et comment elle aboutit finalement à n’être qu’un non-lieu privilégié de la mondialisation réservée aux élites vivant dans des clos sécurisés paradisiaques en marge du monde. La comparaison entre ce que la technopole était supposée être, au regard de ce qu'elle est réellement, permet de comprendre sa réussite, mais également les limites définies par son mode de construction.

Les pôles de compétitivité intéressent fortement la France, qui les a découvert tardivement, par rapport aux italiens. Les districts italiens existent depuis une trentaine d’années. Ceux de notre étude ont pour le plus âgé, dix ans d’existence et de fonctionnement. Une étude sur l’identité propre à chacun de ces pôles nous a semblé intéressante. Quelle identité et quels sont les signes qui permettent de la définir ?

Dans cet article, nous montrons comment le quotidien nous informe sur les significations construites dans les processus de changement organisationnels. Il cherche particulièrement à exposer comment l’étude du contexte et du sens commun peut être révélatrice d’un changement organisationnel au quotidien, révélateur des significations particulières que toute organisation se donne sur son fonctionnement avec pour principe la recherche d’un équilibre entre des modèles « disciplinaires » tels de ceux de l’économie ou de la gestion ou encore de la communication et ses règles particulières. Toutefois, il ne s’agit pas ici d’opposer la construction du sens commun aux modèles scientifiques introduisant ainsi un dualisme conceptuel ou épistémologique. Il s’agit d’envisager « une histoire » du processus de changement dans laquelle, ce que font les acteurs à partir des divers modèles disciplinaires sous-jacents prend des significations différentes. Une forme de biographie du sens commun qui serait en même temps, une trace de ces changements.

Tout réseau cherche à créer une certaine cohérence entre ses unités. Or, il existe des réseaux si bien intégrés que ses parties doivent se différencier les unes des autres pour faire valoir leur personnalité, leur raison d’être et éviter d’être étouffées. Le cas du village de Sainte-Pétronille, à l’Île d’Orléans, au Québec, illustre bien ce problème. Complètement inféodé sur le plan administratif aux structures régionales de l’Île d’Orléans, ce village a su conserver une personnalité différente en prenant appui sur une tradition de bénévolat vitement récupérée par le milieu politique. On peut en déduire que le réseau impose, que l’unité s’ajuste et que c’est le marginal qui propose les valeurs ajoutées qui sont alors récupérées.

Un nombre croissant de PME tendent aujourd'hui à se structurer dans des groupes. Cet article s'interroge sur la nature de ce phénomène de concentration capitalistique et financière dans le secteur des petites entreprises. Pour cela, il resitue le phénomène des groupes de PME dans l'histoire industrielle récente, notamment du point de vue des relations que ces entités entretiennent avec les grandes entreprises et les PME indépendantes. Il rappelle les données statistiques et d'analyse stratégique disponibles pour le comprendre. Il propose pour terminer quelques éléments issus d'une enquête qualitative, permettant d'introduire à une compréhension des modalités de la communication dans les groupes de PME.
 

ETAT DE LA RECHERCHE



 

ANALYSE


L’article propose une analyse critique du champ de la communication organisationnelle aux USA. A partir d’une revue de la littérature produite sur prés de 20 ans, le texte présente dans un premier temps, les principales caractéristiques du champ de recherche : conditions historiques d’émergence, modes de problématisation, thématiques de recherche, méthodes… Dans un deuxième temps, en mobilisant les travaux de Sfez, l’analyse tente de dégager les fondements épistémologiques des recherches identifiées. Ainsi, au terme de ce parcours, la communication organisationnelle aux USA apparaît comme une approche « communicationnelle » classique des organisations. Fondées sur l’opposition constitutive de la notion de communication (communion et transmission), les recherches se distribuent de manière classique entre un pôle fonctionnel et un pôle critique, mais convergent aujourd’hui vers un paradigme de la médiation, où communication et organisation sont deux notions considérées comme synonymes.

Actuellement l’opinion scientifique est relativement unanime sur la valorisation des études issues de la problématique des usages. Il est par ailleurs significatif de constater combien tardive a été la prise de conscience de la synthèse du champ. Dans le cadre de cet article nous proposons d’entreprendre un aperçu des recherches menées actuellement en France sur cette problématique et d’inviter à un regard critique. Trois interrogations sont à l’origine de ce parcours réflexif : Comment peut-on définir les « usages » ? Comment le champ de recherche sur les usages a-t-il progressivement émergé ? Quels sont les grands axes de contribution des études actuelles dans ce domaine ? Il ne s’agit pas d’un état des lieux exhaustif des travaux dans le domaine, mais plutôt d’interrogations critiques.

La communication organisationnelle, comme discipline et comme objet d’étude et d’intervention, s’est développée de façon particulièrement intense depuis la dernière moitié du XXième siècle. L’introduction du concept de genre (gender) dans les sciences sociales à partir des années 1970 a connu un succès aussi remarquable qui a toutefois tardé à s’affirmer dans cette discipline disséminée en grande partie dans les départements et les écoles de gestion, de communication et de psychologie. Les résultats d’une recherche théorique exploratoire parmi la documentation anglaise publiée entre 1977 et 2003 montrent que le concept de genre a participé, au cours de cette période, à l’avancement des connaissances en communication organisationnelle, même si sa compréhension a été parfois limitée et que son appropriation n’a été, en général, que partielle.
 

EXPERIENCE


Les identités locales disparaissent ou se banalisent comme les propositions muséales associées. De fait, il importe de relever l’ambition du projet de médiation des territoires. Une exposition sur la biodiversité du Parc national du Mercantour donne ici l’occasion de revaloriser la clarification conceptuelle du contenu de la médiation et par là, celle du thème actuel de la biodiversité. Celle-ci se dessine comme un concept vivant, fonctionnel et dynamisé par cinq valeurs éthiques. Mais elle est surtout le résultat d’une négociation contextuelle permanente qui rassemble ou sépare les protagonistes du média et qui permet de valoriser et d’animer, dans et hors l’exposition, un territoire, son identité et son projet.
 

ENTREVUES


 

BIBLIOGRAPHIE


Gabriel Moser, Karine Weiss (dir.), Paris, Armand Colin, 2003, 396 pages Cet ouvrage dense nous plonge au cœur d’une problématique on ne peut plus actuelle : la relation de l’homme à son environnement. Le point de vue des auteurs, en majorité chercheurs en psychologie environnementale, se veut le reflet de cette discipline. Leur contribution permet de mieux cerner le sens et les enjeux de cette recherche à la fois fondamentale et appliquée. La psychologie environnementale définie comme « l’étude des inter-relations entre l’individu et son environnement physique et social, dans ses dimensions spatiales et temporelles » répond -comme d’autres théories environnementales- à une logique déductive, c’est à dire une logique élaborée à partir de constats et faits, mis en évidence in situ. Les auteurs affirment que la notion d’environnement n’est pas objectivable sans la présence humaine, même par défaut. De là, ils mettent en évidence les processus qui médiatisent et régulent cette relation de l’homme à son environnement (que l’espace soit privatif, de proximité, public ou planétaire). Il s’agit d’une relation ternaire que l’on retrouve dans les interactions existantes entre l’homme, son environnement et les autres (acteurs sociaux ou politiques). Les représentations socio-cognitives, identitaires et temporelles liées à l’espace fournissent des bases pour appréhender les attitudes et comportements des individus vis-à-vis de phénomènes environnementaux (urbanité, écologie, incivilités…). L’observation comportementale se fonde sur une instrumentation des procédures : sites comportementaux, cartographie comportementale, relevé de relations spatiales… Une large place est laissée aux démarches méthodologiques d’évaluation : audit environnemental, impact environnemental, retour d’expériences post-catastrophes, bilan post-interventions. La psychologie environnementale débouche sur des applications socio-environnementales qui guident les conduites des décideurs et urbanistes en matière d’aménagement de l’espace, de réponse à des besoins de qualité de vie, de gestion des problèmes environnementaux et de gestion du risque. Ce livre propose en conclusion, pour répondre à une gestion environnementale qui intègre les valeurs de développement durable, d’investir tant dans des moyens politico-économiques (économie de ressources, contrôles, engagement des organisations) que dans l’éducation environnementale (information et responsabilité éco-citoyenne). Cette dernière étant pour l’instant largement privilégiée.

Françoise Piotet (dir.), Paris, Presses Universitaires de France, 2002. Ce livre sur l’importance donnée au « métier » plus qu’à « l’entreprise » par les français révèle les changements en cours entre compétences et qualifications. Le mot ancien « métier » souligne, de fait des contradictions. Il marque désormais une contestation de l’ordre de la production : le « métier » dans ce cadre là s’oppose au « travail ». Le métier confère identité individuelle et construction possible d’une identité collective. Les travaux de recherche contenus dans cet ouvrage sur certains métiers concernent les transformations des métiers manuels et des métiers du secteur public. Il marque surtout aujourd’hui le moyen subtil de hiérarchisation des emplois et de segmentation du marché du travail qui tend à exclure de son accès tous ceux qui, pour des raisons diverses, ne possèdent pas ou plus les critères exigés. Le métier en entreprises dépend de plus en plus d’une spécialisation poussée. La révolution des métiers vient d’une concurrence de modèles de qualification : si le métier renvoie à l’individu, la qualification au poste de travail, la compétence à l’individu et à sa situation de travail dans l’entreprise. L’autonomie nouvelle donnée au salarié permet des interprétations larges : de la stratégie de carrière à l’acquisition d’une qualification. Le salarié se trouve alors soumis à une double contrainte : le choix de l’évolution de carrière par graduation ou la mise en valeur de ses compétences par et pour l’entreprise dans l’immédiateté et le court terme. « Il n ‘y a donc plus d’avenir dessiné. A chaque individu d’affronter les incertitudes du lendemain et de se forger lui-même son parcours professionnel. Une conception du travail vécue sous forme de contrats toujours provisoires entre acteurs précis se généralise. ». Chacun se sent donc seul face au changement, l’isolement social en est la conséquence. Ce livre est donc à lire pour mieux comprendre les évolutions des métiers et des professions.


Valérie Carayol Paris, L'harmattan, 2004 Derrière le titre énigmatique de ce livre se joue une vision renouvelée de la communication organisationnelle envisagée fondamentalement comme changement (allagma signifiant changement). Le texte de Valérie Carayol repose sur une vision dynamique des organisations qui ne sont pas conçues comme des institutions, comme des monuments dépositaires d’une mémoire et d’une culture ni comme le simple décor d’un jeu d’acteurs engagés dans un jeu de coopération et de conflits. L’organisation est ici considérée comme un lieu ouvert d’une activité fondamentale et incessante qui est en permanence discutée, accomplie et réaccomplie par des agents liés autours d’un projet. V. Carayol situe l’organisation à mi-chemin entre l’institution (solidifiée, pérennisant des valeurs qui structurent la production et la reproduction des principes d’action) et l’energeîa, puissance vivante d’action et de création. Les organisations s’inscrivent dans cet entre-deux, dans cette oscillation et cette instabilité où se campe de façon multiforme la place de la communication. Les organisations ne sont pas réduites à leur dimension identitaire mais envisagées dans leur expansion, leur devenir, vision héraclitéenne et grecque contenue dans le titre du livre. Cette vision d’un cadre ouvert et jamais stabilisé conduit V. Carayol à dépasser le paradigme systémique qui implique un principe de clôture et assigne à la communication une fonction de régulation. C livre n’est pas consacré à l’organisation communicante ni même à la communication organisante mais à la communication modélisante. Dans ce cadre, la communication est analysée comme un processus dynamique de formation/information/transformation dont l’auteur traque patiemment les formes dans une longue et patiente observation de terrains variés (entreprises, hôpitaux, collectivités territoriales, associations etc). Comment s’orienter dans la dynamique communicationnelle ? A cette question, l’auteure répond par le repérage et l’explicitation de quatre processus. · Un processus de temporalisation : la communication balise les trajectoires de l’action organisationnelle dans le sens d’une anticipation (veille/improvisation/innovation), d’une adaptation (la fameuse « réactivité » conçue ici comme forme contemporaine de la métis grecque, intelligence de l’action en situation)et d’une perennisation (de la capitalisation des connaissances-e-learning aux pratiques muséales mettant en scène le passé organisationnel) · Un processus de construction de co-références dont la gamme s’étend entre les deux pôles de l’argumentation rationnelle et le recours au sensible, entre délibération et séduction, entre logique et infra logique (sollicitation sensorielle). Ce processus vise le cum de communication, les mille et une manières de façonner, proposer et partager ce cum sur lequel repose le travailler-ensemble · Un processus de configuration multiple de l’interaction et de l’échange dans lequel l’asymétrie, l’unilatéralité des relations professionnelles sont contournées ou déjouées. La dimension coercitive ou inégale de la relation de production ou de consomation (telle que la théorise depuis quelques années un courant de la pensée économique) est gommée par un dispositif « managinaire » selon l’expression de V. de Gaulejac qui est un édifice verbal mis au service de la coopération et de l’accord. Un processus d’actualisation et d’institution de l’organisation, institution paradoxale de soi par soi, travail de distinction et de singularisation dans lequel se joue la constitution d’identités organisationnelles Chronogenèse, échogenèse, ordogenèse et morphogenèse dessinent les contours de la communication organisationnelle revisitée dans une perspective interdisciplinaire qui mobilise tour à tour l’approche économique hétérodoxe et ses correspondants sociologiques (Godbout, Caillé), l’approche sémiologique de type peircien et l’approche herméneutique telle que développée par Ricoeur. La voie proposée par Valérie Carayol dans ce livre n’est ni étroite ni sectorielle. En dépassant l’approche strictement technique qui confine de nombreux livres dans un regard myope porté sur les outils et les moyens, V. Carayol nous renvoie à cette idée fondamentale selon laquelle la communication est un projet humain, un projet ouvert et d’une grande plasticité dans lequel se coulent ou peuvent se couler des intentions et des usages bien différents. L’horizon de la communication en organisations n’est ni prédéfini ni immuable, il n’est pas entièrement orienté vers une perspective d’entente et de libération. A l’inverse il ne saurait se confondre avec une dimension manipulatrice sur laquelle quasiment tous les regards sont aujourd’hui tournés. Ce livre nous rappelle utilement que la communication est le lieu du possible, en cela il arrive à point nommé.