• Publications & valorisation
  • Com & Organisation
  • Parutions
  • N°17 - Europe et Communication

N°17 - Europe et Communication

Revue N°17 - 2ème semestre 2000

Europe et Communication

(Dossier coordonné par : Nicole Denoit, Béatrice Galinon-Mélénec)

 

DOSSIER


Le 25 mars 1957, à Rome, six états sont présents pour signer le traité instituant la Communauté économique européenne : les trois pays du Benelux, la France, l'Italie et la république fédérale d'Allemagne. A cette occasion, le chancelier Konrad Adenauer déclare : " c'est seulement en se mettant ensemble dans un espace économique commun que les pays de l'Europe peuvent, à long terme, redevenir et rester compétitifs ". Bien que les objectifs économiques n'épuisent pas à eux seuls les ambitions du traité, le primat de la dimension économique marque l'ensemble du processus : la construction commence par la définition d'un marché unique concrétisé successivement par la libre circulation des marchandises et le désarmement douanier, puis la libre circulation des personnes, des services et des capitaux. La construction de ce marché unique est ensuite passée par le choix d'une monnaie européenne. Le fait qu'en décembre 1995, les quinze la baptisent "Euro" montre que les institutions européennes basent leur politique communicationnelle sur un parti pris sémantique du rappel de la localisation. En abandonnant l'Ecu - qui s'inscrivait lexicalement dans une histoire de l'ordre du monétaire - pour l'Euro, les institutions européennes replacent la logique économique dans une problématique d'affirmation de l'identité "Europe" et de ses contours. En 1997, en pleine préparation de l'union monétaire et du lancement de l'Euro, nous avions lancé un premier appel à articles en vue de la coordination de ce dossier. L'Euro était alors devenu un enjeu de communication pour les entreprises. Les entreprises qui réagissaient le plus vite en espéraient un avantage comparatif non seulement en termes de parts de marché mais aussi en termes d'image. Nous posions aussi la question de l'enjeu du rôle d'interface communicationnel des Etats en tant que relais des institutions européennes. Dans ce contexte, souhaitant délimiter un objet transversal et partiel en vue de nous prémunir contre une trop grande disparité dans les angles d'approche des contributions, nous proposions la mise en place de l'Euro comme domaine d'application des analyses de politique de communication. Le peu de contributions proposées par les chercheurs nous a conduit à renouveler l'appel à articles, axant davantage le propos sur la volonté de l'Europe de créer un espace intermédiaire entre l'espace monde et l'espace Etat-Nation. La visée transnationale de l'identité européenne trouvant des résistances quotidiennes dans les réalités disparates des pays concernés, il s'agissait de mesurer l'importance de ces disparités et d'évaluer si une communication valorisant la logique unifiante du transnational pouvait contribuer à créer un espace qui rende possible le dépassement des différences. Nous proposions de penser cette dimension en nous interrogeant sur tous les éléments permettant de cerner comment s'opérait la prise de conscience d'une limite spatio-culturo-économique entre l'Europe et les cultures externes. Les contributions rassemblées pourraient s'articuler autour de quatre points : - Une communication fonctionnelle et instrumentale contestée. - Eurosceptiscime vs europtimisme. - Des micro au macro limites spatio-culturelles. - Le droit au secours de la communication. 1. Une communication fonctionnelle et instrumentale contestée Françoise Massart-Pierard, analysant les circonstances de la réaction de rejet qui s'est manifestée lors du traité de Maastricht, ouvre ce dossier en montrant la place essentielle de la communication dans la construction de l'Europe. Dès ce premier article, on peut prendre la mesure des difficultés à proposer une vision de la construction européenne qui emporte l'adhésion du grand public. Les erreurs de stratégie de communication abondent. Ainsi la Commission européenne propose une vision fondamentalement technocratique inspirée avant tout par la rationalité néofonctionnaliste. L'analyse permet ici de comprendre les résistances qu'une telle politique de communication a pu développer et aussi l'urgence des mesures prises pour améliorer, après le traité de Maastricht, l'image de la Communauté européenne auprès des citoyens. La recherche d'une meilleure intelligibilité de la législation communautaire dans le cadre du renforcement du caractère démocratique du processus de décision, l'institutionnalisation du dialogue avec les groupes d'intérêt pourraient faire croire à une communication interactive au cœur des nouvelles orientations de la politique européenne. Cependant, l'auteur s'oriente vers le constat d'une stratégie communicationnelle de la Commission s'établissant sur une relation de puissance qui instrumentalise le citoyen. Également sensible au déficit de la communication européenne, Christian Mesnil la perçoit entre " contrainte séduction et débat ". Son propos complète l'analyse de cet écart d'incompréhension " qui semble se creuser entre les instances communautaires et les populations concernées ". L'article tente de repérer et d'analyser les tensions perceptibles dans les échanges à l'intérieur de l'Europe, notamment ceux qui sont relatifs au chassé-croisé de discours nationaux et communautaires, à une absence structurelle de visibilité, à l'inégale efficacité d'une communication institutionnelle. Dans cette analyse, en écho à celle de Françoise Massart-Pierard, l'accent est mis sur les dangers de l'hégémonie d'une communication technolibérale. Cependant, l'auteur montre aussi que le déficit de communication des institutions européennes tient en partie à leur structure et à leurs missions qui correspondent mal aux exigences médiatiques actuelles : dans un organisme communautaire la nécessité de la concertation et du consensus empêche une réactivité médiatique et impose des propos nuancés respectant la coexistence de points de vue différents. Christian Mesnil souligne la difficulté à " passionner le grand public sur des dossiers techniques nuancés et impersonnels ". Il y aurait donc ici quelque fatalité difficile à contourner. L'analyse s'arrête sur le risque d'un déficit de communication entraînant l'incompréhension, le contresens dans l'opinion et contribuant ainsi au développement de positions non seulement défiantes à l'égard de la politique européenne mais d'un conservatisme sectaire et rétrograde. Au-delà des dangers signalés, des propositions sont avancées. Elles insistent rappelant la thèse de Dominique Wolton - sur la nécessité de " ralentir la vitesse de l'information pour renforcer le lien social et le partage, pour réhabiliter la politique face à une communication omniprésente en réseaux hypertechnicisés ". L'analyse de Christian Mesnil montre bien qu'une communication omniprésente ne peut pallier le déficit de légitimité des institutions européennes. Il s'agit d'abord d'engager une réflexion profonde sur une construction européenne démocratique, sur la base d'un véritable débat entre citoyens-acteurs. 2. Euroscepticisme ou europtimisme ? La réflexion d'Eric Dacheux part également de cet " euroscepticisme galopant " et se propose d'évaluer la validité des explications avancées pour ce phénomène : l'insuffisance de la politique de communication mise en place par la Commission Européenne. Décrivant la diversité des moyens mis à la disposition de la DG X (Direction Générale "audiovisuelle", information, communication culture), il souligne par là même les erreurs d'utilisation. Ainsi, cette croyance en la toute puissance symbolique de la télévision pour développer le sentiment d'appartenance, ou le mythe de l'avènement d'une société de l'information par un accès aux nouvelles technologies égal pour tous. À ce propos, l'auteur explique fort bien le décalage entre l'information et la participation politique c'est-à-dire l'implication des citoyens dans la construction européenne. Autre erreur : concevoir l'Europe en évolution comme un "produit" marketing fini auquel on pourrait adapter le principe de segmentation et de séduction en totale contradiction avec la complexité d'une réalité européenne, humaine, géographique, historique qui n'a rien à voir avec un marché unifié. Nous retiendrons, de la longue liste des problèmes pouvant expliquer ce qu'Eric Dacheux appelle catégoriquement " l'inefficacité de la politique de communication de la Commission ", un bilan très sévère dans les termes qu'il reprend au juriste Dominique Rousseau : " en multipliant les institutions, en s'entassant les uns sur les autres, en se modifiant les uns les autres, traités et conventions ont donné naissance à un "monstre" constitutionnel incompréhensible par les citoyens et peut-être même par les initiés ". Finalement, l'analyse d'Eric Dacheux rappelle ce à quoi aboutissaient, en d'autres termes, Françoise Massart-Piérard et Christian Mesnil : la communication ne peut tenir lieu d'un projet politique identitaire soutenu par les citoyens des pays membres. Or ce projet est particulièrement difficile à concevoir dans le contexte de la crise de confiance dans la politique. Face à cette situation, Eric Dacheux rappelle deux perspectives d'avenir pour l'Europe, celle de Jürgen Habermas qui prévoit, après l'effondrement de l'Etat-nation, l'avènement d'une démocratie délibérative, un " patriotisme constitutionnel " distinct de " l'identité culturelle ". À l'opposé de cette vision normative, la perspective d'avenir qu'envisage la Commission européenne repose sur "un espace public virtuel" qui, via Internet, viendrait pallier le déclin d'une démocratie représentative. Une troisième hypothèse, avancée par l'auteur, est celle d'une " interculturalité européenne venant s'ajouter et non se substituer aux identités collectives existantes ". L'article d'Eric Dacheux propose donc une analyse critique de la situation actuelle en même temps qu'une réflexion novatrice sur l'identité culturelle de l'homme moderne " forcément plurielle ", construite par " l'ensemble des processus conduisant à l'appropriation par l'individu de la culture de son pays ". Dans cet esprit, l'article souligne l'intérêt des rencontres associatives européennes qui contribuent à l'émergence d'espaces publics européens autonomes, éphémères, non institutionnels. En affirmant que c'est une erreur, face à l'euroscepticisme, de céder à la tentation de proposer une réponse technologique à des problèmes politiques qu'on ne sait pas résoudre, Eric Dacheux anticipe les propos d'Anne-Marie Autissier et de Jean-Michel Djian dans le domaine culturel. En effet, leur contribution dans ce dossier vise à montrer que ni l'alibi culturel ni aucun artefact communicationnel ne peuvent masquer l'absence d'un véritable projet politique européen produisant du sens pour chaque citoyen. L'article de Lise Vieira réaffirme la nécessité pour l'Europe d'une élaboration identitaire à visée unifiante. On trouve donc une continuité dans l'objectif à atteindre, cependant sa position est très différente de celle des analystes précédents dans la mesure où elle reprend à son compte, en l'explicitant, l'hypothèse de la Commission Européenne selon laquelle l'unité de l'Europe pourrait trouver une solution dans " la conception et la diffusion de produits d'information sur les réseaux et en particulier sur Internet ". Lise Vieira considère en effet que l'information est " désormais un enjeu économique et stratégique considérable au plan mondial ". Sa recherche sur l'édition multimédia met en évidence les dangers d'une concentration des grands trusts internationaux préoccupés seulement de rentabilité. L'auteur développe les mesures d'incitation à l'édition électronique qu'encourage la Commission européenne car elle est elle-même convaincue que " la diffusion de la connaissance peut en partie remédier à la montée de la violence et des intégrismes à condition que les industries culturelles, notamment l'édition électronique intègrent les notions de coopération et de muticulturalisme ". Lise Vieira développe une position optimiste quant au rôle des nouvelles technologies d'information et de communication dans la constitution de l'identité européenne, convaincue que " l'attitude active de l'utilisateur fait du réseau à la fois un catalyseur du lien social et un outil de la pluralité des approches et des cultures ". 3. Des micro aux macro limites spatio-culturelles. Avec la perspective de recherche ouverte par Paul Rasse, on est loin des nouvelles technologies et de " l'espace public virtuel " via Internet dont rêve la Commission Européenne. L'auteur aborde la question de l'Europe et de la communication à travers les identités culturelles locales dans leurs relations avec les phénomènes de mondialisation. L'approche des réalités régionales prend appui dans son article sur une connaissance à la fois historique, géographique et anthropologique du contexte méditerranéen. Oubliant les nouvelles technologies, c'est aux éléments naturels que l'on revient, dans leur spécificité territoriale, pour interroger la possibilité de construire une unité culturelle européenne. Soulignant en quoi le concept d'aménagement du territoire, " planifié par le haut par l'Etat technocratique dans la perspective de réalisations gigantesques " se différencie du développement local qui vient de la base sans perspective réelle de rentabilité. Paul Rasse montre que " la mémoire régionale reste la source de l'identité " et que l'Europe de la diversité s'appuie sur la dynamique des identités régionales. Dans ce mouvement identitaire, " la Méditerranée occupe une place de choix " que l'auteur analyse en précisant les risques d'une standardisation touristique qui mépriserait l'histoire et le patrimoine. L'article montre ce qu'on peut attendre d'un mouvement identitaire bien compris à l'échelon européen. " Est-ce trop attendre de la communication moderne qu'elle favorise ni le renfermement tribal, ni l'universalisme abstrait, mais la pluri-appartenance et les identifications tournantes ? " C'est également la diversité des cultures qui intéresse Joanna Nowicki mais davantage dans la perspective de comprendre comme se perçoivent les citoyens de l'Europe occidentale et ceux du centre et de l'Est. Nul doute, peut-on dire grâce à son analyse, qu'un occidental n'a pas à justifier de son européanité mais qu'un centre ou un est européen ne jouit pas de ce privilège. Il se sent appartenir à une Europe "cadette". À situer l'Europe occidentale au-dessus, on lui interdit toute défaillance, tandis qu'on peut craindre pour l'"Europe Médiane" une trop grande tendance à ne se concevoir qu'à travers le modèle de l'Europe occidentale. Soulignant la nécessité pour l'Europe occidentale d'intégrer l'expérience de l'Autre Europe, au contraire de se limiter à l'euphorie du progrès technique, J. Nowicki rappelle les richesses d'un cosmopolitisme bien compris, humain et tolérant. On retrouve dans cet article le balancement déjà décrit entre le local et l'universel car le cosmopolitisme centre européen peut, selon l'auteur, être considéré comme l'expression locale spécifique de l'universalisme occidental. 4. Le droit au secours de la communication ? C'est enfin la perspective juridique qui ferme ce dossier, celle d'un " juriste intéressé au droit européen (qui) vient s'aventurer dans la science de l'information et de la communication ", persuadé qu' " améliorer la communication permet d'appréhender un processus organisant de l'union européenne, facteur essentiel au sens propre à prendre en considération pour un droit qui reste un droit de la construction de l'identité européenne ". L'approche juridique de Loïc Grard fait apparaître l'union européenne comme un " objet juridique non identifié ", " une nouvelle forme d'organisation en train de s'inventer sous nos yeux par la volonté d'une quinzaine d'états ". À partir du principe de transparence et en réunissant " les perspectives de la science juridique et de la science de l'information et de la communication ", l'auteur examine les moyens mis en œuvre pour corriger le hiatus entre l'institution et le particulier, ceci depuis le début des années 90 tandis que s'impose en France un grand mouvement de transparence entre administration et administrés. Cependant la notion de transparence dans la politique de la Communauté européenne est encore insuffisamment ressentie. C'est au contraire l'impression d'opacité qui domine. Par ailleurs, l'analyse montre bien que si " la culture du secret recule ", le droit d'accès à l'information détenue par la Communauté s'arrête là où commence la protection du secret des affaires. La difficulté et la réussite du principe de transparence résident dans l'aptitude à concilier liberté d'expression, intérêt du citoyen à accéder aux documents et intérêt de l'institution à préserver le secret, toute décision devant par ailleurs être explicitement motivée. On devrait s'acheminer vers une " mise en place d'une législation qui impose la transparence par l'accès à l'information pour tous mais aussi par la clarté et l'intelligibilité du droit qui constitue l'exigence démocratique que la Communauté européenne s'efforce de servir ". On comprend avec l'approche de Loïc Grard que légiférer et communiquer ne sont plus des démarches séparées mais qu'elles se nourrissent mutuellement de leurs propres exigences. Conclusion En définitive, les contributions rassemblées dans ce dossier renforcent, pour la plupart, l'idée que les institutions européennes utilisent une communication technocratique, descendante et fonctionnelle qui instrumentalise le destinataire (le citoyen, l'entreprise) de l'information. L'observation d'un développement croissant des nouvelles technologies ne modifie pas ce point fondamental. Certaines contributions espèrent que la circulation de l'information pourra être organisée pour permettre une attitude réactive du destinataire final. Mais les institutions sont-elles prêtes à gérer les informations ascendantes et les NTIC peuvent-elles sérieusement espérer servir le renforcement d'une intercuturalité européenne ? Certaines contributions partent des identités culturelles locales et des spécificités territoriales et rappellent que l'Europe repose sur le dynamisme des identités régionales. Les unes et les autres ne se posent pas la question de la limite du territoire Europe. Est-ce parce que le sentiment d'appartenance n'est pas mis en cause ? Parce que l'Europe correspond administrativement à un contenu en perpétuel changement ? Parce que forger des normes consensuelles est tout aussi délicat ? Le droit semble d'un faible secours face à un objet juridique aussi mal identifié. Le juriste suggère que la législation la plus pertinente pourrait être celle qui porterait sur les processus communicationnels internes qui imposeraient une certaine " transparence ". Il est aussi possible de poser la question de la limite entre l'interne et l'externe. Certes, elle repose administrativement sur les décisions des institutions européennes. Elle se réalise, humainement, sur la prise de conscience par ses membres du sentiment d'appartenance ou d'exclusion. Ce dernier peut s'ancrer à partir de l'importance de la communication persuasive nécessaire pour se faire reconnaître " européen ". Renan définissait l'Europe comme " une confédération d'Etats réunis par une idée commune de la civilisation ". Nourrie par l'Histoire, elle peut-être renforcée par les médias . Ils jouent un rôle clef dans le processus d'identification d'un territoire par les membres qui le composent . En tous les cas, la multiplication des échelons régionaux, nationaux, supranationaux, le caractère changeant de l'espace englobant, la mise en place de réseaux de communication qui " déterritorialise " la communication - pour créer leurs nouveaux territoires - posent la question du type de communication à mettre en œuvre. " Il y a une conjonction entre le souci des Régions, ou des citoyens dans les régions, d'avoir plus à dire et de participer et une extension des compétences communautaires. Cela appelle un réexamen des liens et des structures de dialogue entre différents niveaux d'actions concernés, c'est-à-dire entre les Régions, l'Etat et l'Union ". Pour notre part, nous dirons que les réseaux de communication recomposent des territoires propres à leur objet. L'Europe administrative impose une carte de "son" territoire. Elle le fait dans une vision centralisatrice et en ignorant largement la réalité plurielle du "terrain" et l'entrecroisement des espaces. Faut-il y voir une volonté ou une incapacité à concevoir une communication alternative ? Le dossier laisse la question en suspens et offre l'opportunité d'une synthèse ultérieure de recherches dans un domaine riche en problématiques encore inexplorées. Communiquer pour organiser un espace dans lequel chacun puisse trouver son appartenance tout en sentant préservée sa différence. Construire une politique consensuelle mais ferme, qui propose des mesures nécessaires mais sans précipitation, de façon à ce qu'un lien social, une nouvelle citoyenneté européenne puissent s'y nourrir. Faire et faire savoir certes, mais dans un fonctionnement de type démocratique qui se garde d'une information par trop impérative qui générerait le rejet des décisions institutionnelles à l'échelon européen. Autant de convictions partagées par les auteurs qui ont bien voulu apporter leur contribution à ce dossier, cependant que les analyses proposées ici divergent par la diversité des préoccupations et des méthodologies. Divergences fructueuses car éclairant sous de multiples aspects la réalité européenne. Regards croisés et perspectives qui permettent de mieux saisir le rôle que peuvent et doivent impérativement jouer les sciences de l'information et de la communication dans la construction d'une

Les actions de communication et d'information de la Communauté économique européenne furent largement inspirées par les thèses néo-fonctionnalistes jusqu'au choc produit par les difficultés de ratification du Traité de Maastricht. Sous la pression de l'opinion publique, les chefs d'Etat et de gouvernement des Etats membres de l'Union européenne ont décidé de fonder le processus d'intégration sur des principes nouveaux : subsidiarité, proximité du citoyen, transparence. La " forme " de la politique de communication et d'information de la Commission européenne s'en trouvera modifiée. Les impératifs de respect des identités nationales et de la diversité régionale ainsi que de renouement avec les citoyens se concrétisent dans des opérations de communication décentralisées, de partenariats avec les Etats membres et de dialogue avec les milieux concernés. Pour assurer ce revirement, une nouvelle culture administrative plus ouverte, plus démocratique, plus interactive est prônée. Le bilan de la réorientation opérée eu égard à la participation citoyenne reste modeste cepen-dant, le jeu d'ouverture se limitant aux élites.

La communication européenne doit faire face au moins à trois handicaps chroniques qui sont le chassé croisé des discours nationaux et communautaires, l'absence structurelle de visibilité et l'inégale efficacité de sa communication institutionnelle. Est étudiée ensuite la tendance hégémonique d'une communication technico libérale alors que la primauté de l 'économie et de la technologie est plus en plus remise en cause. Dans un troisième temps sont observées à partir de l'exemple des langues européennes les difficultés et conditions d'une communication meilleure. Finalement compte tenu d'un contexte particulièrement déstabilisant, la communication européenne, pour imparfaite qu'elle soit, semble évoluer positivement. Elle essaie de ne pas brusquer les mutations et d'intégrer les intéressés eux mêmes au débat sur le renforcement de l'union.

Les forts taux d'abstention aux dernières élections européennes, montrent qu'une large partie des européens se montre circonspecte voire méfiante vis-à-vis de la construction européenne. Certains attribuent cet "euroscepticisme" à une défiance de la politique de communication de l'Union européenne. Note article cherche à cerner la part de vérité, mais aussi la part de "fausse évidence" de cette affirmation. Pour ce faire, nous avons procédé à une analyse critique la politique de communication mise en place par la Commission européenne (avant l'arrivée de Romano Prodi), puis mis en lumière l'absence d'un espace public européen.

Communication et culture ne font pas forcément bon ménage en Europe : face à l'injonction de l'urgence de la construction européenne, on trouve une aspiration souterraine mais puissante à la prudence et à la lenteur. La création cinématographique et audiovisuelle s'est avérée représentative de ces tentatives avortées de coproductions standards. On est revenu à des positions plus réalistes et on s'attache de nouveau aujourd'hui dans ce domaine à la mise en valeur des spécificités régionales ou nationales. De même, le patrimoine européen commun est resté largement insaisissable malgré les efforts du Conseil de l'Europe. C'est en effet à travers des projets communs donc un avenir partagé que les Européens s'approprieront ensemble leur patrimoine. La communication entre Européens relève donc aujourd'hui beaucoup plus d'une architecture horizontale et de l'interculturalité que de la construction d'une culture "commune". L'Europe de la culture reste un projet vers lequel "identité, conscience et sentiment européens" progressent chacun à leur rythme.

L'usage massif des technologies d'information et de communication pour conquérir plus rapidement des parts de marché en Europe se heurte à des résistances d'ordre culturel que les hommes politiques et les économistes n'imaginaient probablement pas. De telles difficultés tiennent au déficit de sens du message européen envoyé par les institutions communautaires, à l'absence d'un message fédérateur, aux préoccupations strictement nationales des dirigeants politiques et à la coïncidence entre la signature du Traité de Rome et l'existence de moyens de communication considérés comme "unilatéraux". Les nouvelles formes de communication ont contribué à "déterritorialiser" l'Europe et à pratiquer un fonctionnement "horizontal" alors que leurs aînés en sont restés à un modèle institutionnel dépassé.

L'Europe, creuset de cultures composites est confrontée à la nécessité de son élaboration identitaire. La conception et la diffusion de produits multimédias est désormais un enjeu économique et stratégique majeur au plan mondial. L'édition électronique, soutenue par la politique Communautaire rencontre cependant des freins dans son expansion, car elle est confrontée à la concurrence des services en ligne et des fabricants de matériel et de logiciels. Face à la concentration des grands trusts internationaux, les entreprises d'édition hésitent à développer leur production numérique. Cependant, s'ils intègrent des logiques d'innovation, de coopération et de partenariat international, les éditeurs détenteurs d'une indéniable expertise en matière de production de contenus ont un rôle majeur à jouer dans l'élaboration d'une information à dimension multiculturelle.

Identités culturelles et communication en Europe : le paradigme de la Méditerranée. Les cultures locales méritent notre attention parce qu'elles sont l'objet de nombreux processus de (re) construction. Il devient urgent de les penser dans leurs relations aux phénomènes de mondialisation, pour en cerner le mouvement et les enjeux. Nous défendrons que la diversité du local fonde l'échange et donc la communication, paradoxalement l'essor considérable des moyens de communication conduit à la recomposition des identités locales, et donc avec, à bouleverser les termes de l'échange. La Méditerranée, parce qu'elle est au départ le premier espace où les économies locales se sont nouées entres elles, et parce qu'aujourd'hui la redéfinition de son identité fait problème, constitue un paradigme utile pour aborder ces questions.

En Europe Médiane l'identité nationale se confond depuis des siècles avec l'européanité, affichée avec plus ou moins d'insistance selon les périodes. Aujourd'hui, les élites proeuropéennes considèrent comme un juste retour à la normale l'entrée officielle de leurs pays au sein des structures européennes. Ainsi, l'Europe est affichée comme une référence naturelle, une " norme européenne de bienséance " (Krol) basée sur les droits de l'homme, l'économie libérale, une certaine civilisation, une histoire commune. Ce discours est développé à deux niveaux : celui des intérêts et simultanément celui des valeurs. En " Europe cadette " (Kloczowski) l'aspiration européenne correspond d'abord à un désir, à un projet spirituel (Patocka), à une ambition culturelle (Kundera) en même temps qu'à une réalité économique. Les anciennes images reviennent : pont, rempart, centre, médiateur pour donner sens à cette revendication d'européanité qui est tout sauf acceptation résignée d'un nouvel ordre géopolitique.

Réduire la distance entre l'administré et l'administration est une préoccupation du droit français, depuis la fin des années soixante-dix, résolue en grande partie, par la mise en œuvre du principe de transparence. Ce principe concerne aujourd'hui la Communauté européenne sujette à de nombreuses critiques visant à dénoncer son caractère confidentiel, qui alimente un déficit démocratique. Le droit a donc évolué, d'abord pour garantir un accès amélioré à l'information sur la Communauté, ainsi qu'à l'information détenue par celle-ci. L'objectif de la réalisation du marché intérieur, puis le traité de Maastricht ont engendré un surcroît de transparence sur ces deux points. On observe toutefois qu'il n'existe pas de législation générale. L'ouverture de l'Union sur ses citoyens repose encore sur un certain empirisme. Le traité d'Amsterdam, en vigueur depuis mai 1999, est à cet égard annonciateur de progrès, notamment par la consécration du principe général de transparence, comme modalité inhérente à la réalisation de l'Union européenne Le droit progresse également pour garantir l'accessibilité à l'information communautaire. Ici réside une autre dimension du principe de transparence. Si l'information doit être diffusée, elle doit aussi être comprise et repérable. Sur ce point, un effort non négligeable est accompli par les institutions de la Communauté, pour garantir la lisibilité et la codification. L'effort n'en est qu'à ses débuts et doit certainement être accompagné d'initiatives des Etats membres.

ANALYSES


Nous considérons l'organisation comme un système de communication, c'est-à-dire comme un ensemble contextualisé de comportements en interactions. Souvent, des changements s'y produisent tout seuls, en dehors même d'une quelconque politique systématique : les membres de l'organisation s'adaptent et innovent. Dans d'autres cas par contre, le management devra induire le changement pour répondre à une difficulté ou à des problèmes spécifiques, passagers ou plus durables. Mettre sur pieds un programme de formation est une des réponses possibles dans cette éventualité. Mais il n'est pas rare que l'exigence de formation soit une manière acceptable d'exprimer que des changements d'une autre nature seraient en réalité nécessaires. Le recours à la formation prend alors valeur de symptôme et il est loin d'être certain qu'une initiative de formation soit à conseiller dans ce cas pour atteindre les changements escomptés. Le texte situe tout d'abord la stratégie de formation parmi quatre modes complémentaires d'induction du changement. Ensuite, au travers de deux exemples, il montre combien il est méthodologiquement préférable d'aborder la question de l'intervention en organisation dans une posture initiale soit de recherche, soit d'approche clinique.

Cet article se propose sur la base d'une recherche empirique associant les techniques de l'entretien et de la vidéo, d'analyser dans un contexte professionnel et informationnel spécifique l'impact socio-organisationnel de la messagerie. Il met en évidence pour des sujets évoluant dans un environnement de travail contingent la parcellisation et la densification du travail produites et renforcées par l'usage intensif de la messagerie. Il opère une comparaison avec les conditions de production et les comportements de l'ouvrier à la chaîne. Il présente les différentes stratégies mobilisées pour se réapproprier le travail et maintenir un contrôle sur ce nouveau flux d'informations.

Cet article introduit une réflexion critique sur les démarches Qualité en montrant que la conception de la communication qui les sous-tend fait largement référence à une vision " machinique " de celle-ci. L'un des objectifs essentiels des méthodes Qualité étant l'optimisation de la coordination, on montrera également que le choix de la standardisation comme procédé principal, tente de faire reculer les méthodes de coordination alternatives, et notamment par ajustement mutuel, en prônant un affaiblissement des communications informelles. Des effets pervers peuvent apparaître dans des contextes où la complexité du travail est grande. Elles peuvent parfois constituer un frein à la créativité et à l'innovation, voire retarder des projets complexes de développement.

Ce travail a été développé dans le cadre d'un DEA en Information et Communication à l'Université de Bordeaux 3 pendant l'année 1998/1999. La problématique centrale est celle de l'interaction de trois logiques - politique, culturelle et technologique - pour la construction et expansion de la chaîne culturelle et franco-allemande Arte. D'abord comme un projet politique, légitimé par le projet culturel, la chaîne prend une dimension européenne qui n'est possible quen fonction de l'utilisation des nouvelles technologies dans l'audiovisuel. Cette technologie, comme un moyen d'obtention des fins politiques du projet, rétroagit sur celui-ci et élargit le champ d'action européen de la diffusion d'Arte.

Cet article propose un état des lieux de la démarche éthique en gestion. Au delà d'un discours normatif sur l'éthique et l'entreprise, il s'agit de mettre en évidence les raisons qui incitent les auteurs à intégrer la question de la délibération morale au cœur des préoccupations manageriales. Il s'agit également de repérer les différentes formes que revêt la démarche éthique en fonction des références philosophiques qui la sous-tendent. Le dernier objectif de cet article est de mettre en parallèle la question de la démarche éthique avec celle de la maturation morale.

EXPERIENCES


ENTREVUE