• Publications & valorisation
  • Com & Organisation
  • Parutions
  • N°16 - Crise et communication

N°16 - Crise et communication

Revue N°16 - 2ème semestre 1999

Crise et communication

(Dossier coordonné par : Michèle Gabay et Bruno Ollivier)

 

DOSSIER


" La notion de crise apparaît toujours comme le lieu essentiel où se révèle le cœur d'une modélisation théorique : il n'y a pas en effet, de définition de la crise dans un corps d'analyse sans désignation de ses causes, et donc sans dévoilement de la grille de lecture de la dynamique sociale […]. Clarifier le concept de crise, c'est donc clarifier le modèle théorique nécessaire pour rendre compte des divers aspects de la discontinuité en cours " (J. Attali) . " Même parcourue de tensions, de conflits et d'inégalités fortes, la société salariale était une réalité porteuse d'espoirs de changements positifs pour la grande majorité. Ce n'est plus le cas aujourd'hui : la société salariale est en pleine crise. Il s'agit non seulement d'une crise économique, mais d'une crise d'identité, d'une crise morale pourrait-on dire. " (Encyclopedia universalis, 1995, article Salariat) La présentation de ce numéro de Communication et Organisation, dont nous avons, Michèle Gabay, Professeur de Sciences de l'Information et de la Communication à l'université Paris 7, Denis Diderot et moi-même assuré la coordination et proposons ici une présentation, est consacré aux relations entre la crise et la communication. Son titre mérite d'emblée quelques éclaircissements. Initialement intitulé Crise, récession et communication, il rassemble des contributions dont le contenu a obligé à revoir le titre en Crise et communication. Certaines sont l'œuvre de professionnels confrontés à la gestion de crises et à leur anticipation et contraints face à la crise politique (Jean Pierre Chevènement, Bernard Candiard, Michel Pronost), ou boursière (Robert Boublil), de démêler l'écheveau des causes réelles et supposées, profondes ou factices, des effets constatables dans l'instant pour prendre des décisions. D'autres contributions reprennent l'historique de crises qui ont frappé des entreprises ou des systèmes politiques, en exposent le développement, et analysent les stratégies de communication mises en œuvre par les différents acteurs. C'est ainsi que Carmen Gomez Mont s'attache à la crise zapatiste, et aux stratégies du gouvernement mexicain et de la guérilla, Violaine Appel revient sur la crise qui frappa, il y a quelques années Perrier, Marcel Paul Cavalier et Marie France Strasbach s'appuient sur l'analyse de la communication des Houillères de Lorraine, lors de la mort annoncée d'un secteur industriel. Dans le même ordre d'idées, Nicole Denoit étudie l'évolution du mécénat et sa mutation en mécénat de crise. Dans tous ces cas, on se demande quelles relations entretient la communication avec la crise. L'entrée est plus générale dans des contributions qui, même quand elles s'appuient sur des analyses de cas, explorent des concepts connexes ou fondateurs de la crise et théorisent la relation entre communication et crise. C'est ce que font Arlette Bouzon, à propos de la communication de crise et de la maîtrise des risques, Françoise Boursin avec le concept de confiance en communication politique, ou Marie Noële Sicard, passant au crible le rôle des médias dans les crises technologiques. C'est ainsi que, à travers les analyses, les études de cas, les propositions théoriques, les concepts de crise et de communication se voient soumis à une critique dont on voudrait ici souligner quelques implications, que nous prenons personnellement à notre compte, et n'entendons nullement imputer aux auteurs des articles cités. Notre question initiale est la suivante : en quoi ces concepts de crise, de communication peuvent-ils être (re) problématisés dans la communication des organisations, à partir de ces contributions ? Vous avez dit crise ? La polysémie du terme fait écran. Les emplois du mot témoignent de strates multiples qui entretiennent la confusion. Le premier écran vient de l'étymologie. Première strate. On sait que la crise, du grec ancien krisis, est chez Hippocrate, un terme de sémiologie médicale. C'est le moment où l'on doit décider (krinein) du traitement du malade, parce que c'est la phase décisive. Chez Aristote, le terme nomme l'action de choisir, puis la décision, le jugement. Il faut attendre la littérature historique, avec Thucydide1 et Polybe , ou le texte politique avec Démosthène pour qu'on entende aussi par krisis les conséquences de la décision, l'état nouveau provoqué par une décision, un jugement ou une bataille militaire. Incidemment, on précisera que l'équivalent latin de krinein, renvoie lui aussi à la décision, puisqu'il s'agit de la racine de cernere qui signifie distinguer, comprendre, décider (discerner). Ainsi conçue, la crise se développe fondamentalement dans une temporalité qui règle les décisions prise par un sujet. Elle possède un avant et un après, des causes et des conséquences. Elle constitue le moment critique où il faut faire des choix, prendre des décisions avec discernement. Le terme désigne indifféremment le phénomène et ses résultats, la nécessité de la décision et les conséquences de cette décision, le moment critique, comme acmé, et la période qui l'entoure. Seconde strate. La langue française hérite de ce terme qu'elle cantonne longtemps dans son acception médicale (crise funeste, crise de nerfs) avant de l'utiliser, par extension métaphorique, dans le champ politique (crise ministérielle) ou économique (crise financière). Une troisième strate est liée à la pensée dialectique, dès Hegel. Marx envisagera la crise comme rupture et comme possibilité d'un avènement. La première définition qu'il en donne (rupture brusque du rythme de croissance du surplus disponible pour investir, compte tenu du rythme de croissance des revenus induits par l'accumulation capitaliste) est celle de la crise de suraccumulation. La seconde définition (moment où les contradictions s'exacerbent entre la production et la réalisation marchande et où l'on ne trouve plus de débouchés créant de la plus value) est celle de la crise de surproduction. Mais, à la différence des crises antérieures, la crise marxiste est dialectiquement porteuse d'un changement. Elle est le moment privilégié de l'affrontement entre les classes sociales. D'où le stéréotype de l'affrontement dialectique qui génère la créativité, le thème ressassé de la fécondité, quasi eschatologique, des crises. Dernière strate. Avec le vingtième siècle, la crise envahit tous les domaines de l'expérience humaine. Edgar Morin rappelle que " la notion de crise s'est répandue au vingtième siècle à tous les horizons de la conscience contemporaine. Il n'est pas de domaine qui ne soit hanté par la notion de crise : le capitalisme, le droit, la civilisation, l'humanité… Mais cette notion en se généralisant s'est vidée de l'intérieur " . À Valéry, qui ouvre La crise de l'esprit en déclarant : " Nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ", Morin répond : que " Le mot [crise] sert à nommer l'innommable ; il renvoie à une double béance : béance dans notre savoir (au cœur même du terme de crise) ; béance dans la réalité sociale où apparaît la crise ". Or, sur cette béance, sur cet innommable, et en démêlant l'écheveau de ces multiples acceptions, il apparaît ici que, pour ce qui concerne les organisations, et à travers l'étude de la communication, il y ait beaucoup à dire, quitte à viser, à la fin de la lecture de ce numéro, une reproblématisation des concepts, ici indissolublement liés, de crise et de communication. Que nous disent les auteurs ? Un moment dans un système. La crise se développe dans une temporalité. S'il s'avère qu'elle signe à la fois une rupture et une mutation, elle bouscule l'organisation, dans sa triple recherche de pérennité, de reproduction et de développement. Quand on approche une crise, on cherche d'abord à la décrire et la chronologie est spontanément la première logique qui émerge. Dans certains cas, un événement sera désigné comme déclencheur, c'est le non-changement d'un filtre chez Perrier. Ailleurs, (la guérilla du Chiapas), tout en désignant un déclencheur (la signature du traité de l'ALENA avec les Etats-Unis), on prend en compte des causes très anciennes (le partage des terres pendant la colonisation espagnole au Mexique). Dans d'autres, tout autant qu'à un élargissement de la perspective selon l'axe temporel, c'est à une décentration selon l'espace qu'il faut procéder. La mondialisation de l'économie oblige à prendre en compte, pour comprendre la crise de la bourse de 1998, l'impasse de la Russie, la situation politique des pays émergents, le budget du Japon et les difficultés de certains fonds d'investissement étasuniens. Si une crise est toujours systémique, la question essentielle (et non résolue) des frontières d'un système est incontournable. Quoi qu'il en soit les chaînes causes > conséquences, agrémentées de toutes les rétro actions envisageables, parcourent les descriptions de crises, qui ne sauraient pour autant en aucun cas s'y réduire. Images et valeurs, confiance et identités. La crise n'est en effet pas seulement crise des contenus. Elle est aussi perte des références. La valeur, dans la crise, révèle soudain son jeu arbitraire . L'affaire est entendue dans le champ moral ou politique. À Françoise Boursin qui met en relation la crise de la confiance et celle de la démocratie, répond le propos de Jean Pierre Chevènement qui vise " un respect mutuel et des rapports de confiance " entre les différents partenaires. Quant à Carmen Gómez Mont, elle montre que c'est le rôle de l'Etat et sa représentation qui sont en cause au Chiapas. La crise malmène la représentation, représentation-image, représentation-image mentale et représentation politique (Lucien Sfez). Dans le monde de l'entreprise, la situation est la même. La crise de Perrier est fondamentalement, nous explique Violaine Appel, une crise " qui touche à l'image du produit " et le groupe doit réagir vite, en jouant la carte de la transparence pour préserver " son image ". De même, le TGV méditerranée, nous dit Michel Pronost, souffre d'être " une entreprise qui ne jure que par la vitesse " mais " rapidement caricaturée sur place comme le prototype d'une culture technocratique ". Bataille d'images, lutte autour de valeurs. Dans la sphère financière, présentée souvent comme relevant de logiques rationnelles, le travail de l'analyste est, nous dit Robert Boublil, d'imaginer " la manière dont le reste du marché envisagera l'avenir ", c'est-à-dire de construire l'image qu'il s'en fait, facteur fondamental dans la construction des valeurs financières. Là aussi, la valeur dépend de l'image, et toutes deux sont les enjeux centraux lors de la crise. La crise est donc le moment, (ou le processus, laissons la question en suspens) où se construisent, se déconstruisent, sont mis à l'épreuve des faits, des fantasmes, des anticipations croisées des acteurs, des identités, des images et des valeurs, bref des systèmes de représentation. Heuristique et manipulation. La notion de crise peut être utilisée non seulement pour des usages descriptifs et réflexifs, mais aussi comme un instrument notionnel chargé de porter l'explication d'une séquence. On sait que pour T.S. Kuhn , lors de l'apparition des théories scientifiques, la crise est la condition du changement de paradigme qu'implique la révolution (scientifique). Elle n'est pas la révolution mais sa condition. L'émergence de théories neuves, comme il tente de le montrer à partir de Copernic, Lavoisier, et Einstein, est rendue possible par l'humiliation que provoque un échec. Là encore, on retrouve les représentations, mêlées, en plus à de l'affectif. C'est elle qui permet de secouer des cadres de pensée rigides mis à mal, des stéréotypes soudainement bousculés, qui bloquaient auparavant l'invention. La multiplication des discours, ressentie dans le moment de crise comme un désastre, est en fin de compte la condition de l'émergence, puis de l'acceptation de nouveaux paradigmes. La crise possède, de ce point de vue une fonction heuristique. En tant que telle, elle peut être récupérée comme outil explicatif d'une situation, et employée pour faire passer de nouveaux paradigmes dans l'entreprise. Dans ce cas, elle est un outil utilisé pour instaurer un état mental propice au changement, et l'instance qui désigne la crise avant les autres, estime qu'en la nommant, elle se voit conférer un pouvoir dans la préparation au changement ainsi rendu inévitable (Catherine Loneux). De ce point de vue, toutes les crises sont, fondamentalement la même. Elles sont " l'impact et la manifestation univoque du trouble " dans la perception des images, des valeurs, de la vérité. Comme dans l'histoire des sciences, la crise dans l'organisation est trouble de l'identité et des images : · Images que les salariés se font d'eux-mêmes et de leur entreprise (Marcel Paul Cavalier & Strasbach) ; · Brouillage de l'image du produit et de l'entreprise qui s'identifie à ce produit (Violaine Appel, Michel Pronost) ; · Processus de décrédibilisation, lié aux arguments de légitimité habituellement avancés, et qui ne fonctionne plus (Catherine Loneux) ; · Absence soudaine d'autorité visible dont les acteurs pensent qu'elle peut réguler le système et ses aléas (Robert Boublil) ; · Diminution des moyens financiers qui permettaient des actions fortes (mécénat) d'où un fissurage de l'image idéalisée de l'entreprise citoyenne (Nicole Denoit). Incertitude et aléas. La crise menace donc le système ou l'organisation dans leur identité. Elle implique une perte de pouvoir, perte qui mène à une confrontation du pouvoir et de sa représentation (Marie-Noële Sicard). La crise provoque ainsi, fondamentalement, une double prise de conscience des acteurs. Conscience de l'incertitude liée à toute événementialisation (Catherine Loneux) d'une part, avec la fin des images, significations, interprétations évidentes. Conscience de l'importance de facteurs aléatoires qui remplacent ce qu'on se représentait comme des règles de fonctionnement assurées du système. Le mécénat n'est plus une règle, mais devient le fait du Prince (Nicole Denoit), le marché ne répond plus à la logique rationnelle, à la valeur des entreprises, mais suit des hasards imprévisibles (Robert Boublil). Communication : les médias. Quel rôle jouent les instances, les procédés, les professionnels de la communication dans la crise ? Les médias, d'abord. Ils sont à la fois facteurs de crise, victimes de la crise et armes fourbies pour sortir de la crise. La crise est un moment où l'on ne comprend plus le sens, alors qu'il faut prendre des décisions rapides et lourdes de conséquences. Les journalistes, parce qu'ils n'exposent les crises qu'à travers leur propre vision, leurs propres valeurs, et les contraintes de leur énonciation, qui se doit d'être narrative, et parce qu'ils le font souvent en pleine incompétence, créent les conditions d'une rétroaction qui précipitera la crise (Marie-Noële Sicard). L'information mal préparée, ré-accaparée par les médias, est à elle seule un facteur de crise (Arlette Bouzon). De ce point de vue, il s'agit souvent, pour l'instance en charge de la communication, d'un véritable double bind. Si aucune information ne circule, la crise s'amplifie (Arlette Bouzon, Jean Pierre Chevènement). Mais comme l'information délivrée, en particulier par des médias de masse, ne peut qu'être conforme à l'attente du lectorat (Arlette Bouzon), en substituant un construit narratif au réel, elle assure le triomphe de l'instant, et obère toute prise de conscience efficace (Marie-Noële Sicard). Le média sera par ailleurs facilement suspecté de complaisance pour l'ennemi (Michel Pronost). Et dans ce cas, l'organisation doit répondre sur le même terrain, en utilisant elle aussi les médias. Elle offrira une contre information ouverte, argumentée et vérifiable, pour diminuer la part d'inconnu (Violaine Appel). Elle se forcera à considérer les médias non plus comme des éléments perturbateurs lors d'une crise, mais à leur donner une fonction d'apaisement, pour diminuer la part d'irrationnel, et veillera à assurer une meilleure circulation de l'information. " Le silence des responsables sera interprété comme une volonté de préserver un secret, même imaginaire " (Jean Pierre Chevènement). Ainsi, le gouverneur de la Banque de France et le président de la COB dénoncent " le danger d'une information opaque et insuffisante " (Robert Boublil). Ainsi le haut fonctionnaire ne peut " avoir de résultat positif que s'il intègre la communication " (Jean Pierre Chevènement). Les campagnes d'information menées par l'organisation utiliseront toutes les ressources offertes par les médias de masse et les technologies nouvelles, du spot à l'affiche, du cédérom au maillot de l'équipe sportive, pour prévenir la crise (Bernard Candiard), ou pour la gérer (Jean Pierre Chevènement, Violaine Appel, Carmen Gómez Mont, Robert Boublil). Instrumentation et crédibilité. Au-delà de toute stratégie (ou en deçà), la communication a besoin de la confiance. Si ce ressort se brise, si " les ficelles deviennent trop grosses, la communication […] prend les habits de la propagande " (Françoise Boursin). L'instrumentalisation visible des moyens de communication fait entrer les médias en crise. En tant que tels, ils sont eux-mêmes en proie à la crise, et peuvent se voir frappés de décrédibilisation, entrer dans la spirale du soupçon. Ils sont dès lors perçus comme des instruments au service d'une stratégie. Ce sera le cas des journaux désignés comme pratiquant l'autocensure (Gomez Mont), ou du service de communication d'une entreprise promise à la disparition, qui s'adresse à des salariés dont l'insertion sociale même est en jeu, et pour lesquels la question du sens est fondamentale (Marcel Paul Cavalier & Strasbach). Non verbal et médiation. La communication n'est donc pas seulement une affaire de spots publicitaires (Perrier), de cédéroms (Robert Boublil), d'interviews (Jean Pierre Chevènement), de sponsoring d'équipes sportives (Michel Pronost). Elle est aussi, fondamentalement, utilisation et mise en scène de processus non-verbaux. Les zapatistes, dans le déclenchement et la gestion de la crise politique, vont utiliser le silence et la mise en image de ce silence (l'image d'une chaise avec un message que personne ne vient chercher, Carmen Gómez Mont). Leur passe-montagne en laine sera la marque de leur identité non-personnalisée. Le vêtement, le para verbal, les conditions d'énonciation, l'image jouent tout leur rôle en communication de crise. De ce point de vue, l'analyse des ressorts de la crise boursière de 1998 et de sa résolution est exemplaire. Cette crise, qui se développe selon un système de " contagion ", fait que les opérateurs cherchent du sens non plus dans le " contenu des déclarations ", mais dans le para verbal (les sourires, les sous-entendus) et surtout dans les conditions de l'énonciation. Pour en finir avec cette crise, c'est la sympathie des marchés qu'il faut s'attirer, même si on le fait en donnant de mauvaises nouvelles. Cette sympathie naît d'une connivence, non fondée sur " des faits vérifiables ", mais sur " l'auto persuasion ", " l'intuition ", les " discussions informelles " la " convivialité ", les " sourires appuyés " les " suivez-mon-regard ", voire les " ragots " : " tout se joue sur le non-dit " (Robert Boublil). La rationalité affichée des acteurs du marché est loin. Dans ce cadre, bien sûr, la fonction de médiation apparaît fondamentale. Et les exemples que nous en proposent les auteurs de ce numéro offrent des pistes de réflexion riches. Le médiateur, dans le système financier, c'est l'analyste et le journaliste. Seuls, dans un système mondialisé, interconnecté, en temps réel, à la complexité croissante, ils peuvent traduire, à destination des récepteurs (les " décideurs financiers ") des données factuelles devenues à la fois trop complexes et d'une caducité extrême. Seuls ils peuvent donner des points de repère, fournir de la certitude, permettre de construire le sens indispensable à toute action (Robert Boublil). Dans ce modèle limite, on retrouve sous la cohérence affichée de la loi du marché, des moteurs bien connus de la communication : les procédés classiques de la manipulation, la force de l'induction, le pouvoir de la mise en scène, l'importance des rituels, les qualités personnelles d'acteur (" charme, autorité… "). Dans l'entreprise, c'est souvent le service de communication qui joue ce rôle de médiateur. Chargé d'une triple mission, aux Houillères de Lorraine, il doit éviter l'explosion, favoriser le maintien d'une activité jusqu'au dernier moment, et aider le personnel à préparer son avenir. Sa tâche est d'autant plus difficile qu'il est lui-même soumis à la même disparition programmée que le reste de l'entreprise. Il ne croit pas forcément au message qu'il délivre. Dans la crise politique mexicaine, crise politique systémique, qui touche l'échelon local, le pays tout entier et ses relations internationales, c'est l'émergence d'un médiateur, conçu comme la société civile, qui constitue la visée même de la stratégie zapatiste. C'est cette instance, conçue comme alliance des intellectuels, des médias et des organisations civiles, qui à travers ses pétitions, ses marches et ses manifestations de rue, doit à la fois contraindre l'Etat (à faire de nouvelles propositions et à respecter ses engagements), et engager son processus d'auto-organisation. Conclusion provisoire. Brouillage de la représentation dans toutes ses fonctions, et des identités, invasion de l'incertitude, donc diminution de l'information avérée, décrédibilisation d'instances chargées de donner de la certitude (de l'information) rôle fondamental des médiations, importance du non-verbal sous toutes ses formes, comme substitut à l'information, telles sont les pistes que nous ont suggérées les travaux des auteurs, et celles que nous proposons, de manière toute subjective, pour entamer la lecture de leurs riches contributions. Encore une fois, ils ne sont pas responsables de ces réflexions. Les témoignages, les théorisations, les expériences, les analyses offertes permettent de problématiser plus avant les relations entre la crise, vécue, utilisée, provoquez, subie, et une communication, aux manifestations les plus diverses. Loin d'envisager la crise comme avènement d'un ordre nouveau, elles nous conduisent à relire les propos de Stourdzé, qui il y a vingt ans, s'attachait aux réorganisations liées à la crise, et à la question du pouvoir que celle-ci dévoile sans cesse. Après avoir noté que " les appareils de pouvoir se définissent par les déséquilibres qu'ils entraînent, les champs désagrégatifs qu'ils induisent et les crises qu'ils provoquent ", il ajoutait : " La crise peut […] tenir au choix le rôle de dérèglement infernal ou de mystique rédemptrice, elle se camoufle en instrument des profondeurs venant briser les effets de miroir de la surface. Toute mythologie " critique " postule […] l'existence, sous la croûte mensongère, d'un niveau de réalité occulte […] Avec la crise émergent dès lors des sédimentations organisationnelles qui réinsèrent pertes, fuites ou accidents […] dans des architectures régionales. Organisations réticulées donc. Figuration nouvelle de la puissance : à la fois éclatée et interconnectée. Pouvoir subtil parce que médium, intermédiaire, relais et milieu. À l'intersection des câbles, et des satellites, des réseaux, et des terminaux ". Crise, communication et organisation se croisent en ce point aveugle du pouvoir, et toute (re) problématisation de leurs relations jette un éclairage sur les figures du pouvoir et de la médiation.

La restructuration d'une entreprise minière amène celle-ci à programmer la fermeture de ses unités d'exploitation, tout en garantissant le réemploi de ses salariés. La communication interne de l'une de ces unités, étudiée ici, soulève de multiples difficultés. Les communicants, de par la situation de crise, risquent d'avoir à émettre des messages contradictoires. Face à la crise, les salariés se sentent menacés dans leur identité même, plus encore que dans leur avenir. Comment, dans ces conditions, une entreprise peut-elle définir une démarche de communication interne qui soit en phase avec son personnel ?

Après avoir montré comment certaines organisations peuvent être fragilisées par une communication inadaptée à des moments critiques de leur histoire, cet article souligne les apports de la communication de crise pour surmonter celle-ci puis pour aider à en sortir. Mais ces méthodes de communication apparaissent limitées en regard des enjeux, si elles ne sont pas associées à des techniques efficaces de gestion des risques. C'est pourquoi nous proposons que certaines méthodes et outils, utilisés par les spécialistes en Sûreté de Fonctionnement pour maîtriser les risques techniques, soient adaptés à la prévention des crises et à la protection des organisations.

La crise Perrier a fait couler beaucoup d'encre dans les médias mais l'absence d'analyse du phénomène de mise en système médiatique en tant que tel nous a amenée à constituer cette crise en objet d'étude. A travers les logiques d'interventions des différentes catégories d'acteurs impliquées, nous avons cherché à stigmatiser les procédures par lesquelles Perrier a tenté de contrôler la complexité de l'événement, en opposant à une attaque informationnelle bien orchestrée, une stratégie combinant plusieurs problématiques de choix.

La communication institutionnelle des entreprises autour des codes de déontologie, par ses éléments discursifs et symboliques, n'encourage-t-elle parfois l'émergence ou l'installation d'une crise en n'œuvrant pas pour la déjouer mais pour l'installer au contraire ? L'hypothèse selon laquelle la défense des dispositifs d'autorégulation passe par une rhétorique de crise dont les acteurs de l'entreprise sont eux-mêmes porteurs, mérite d'être explorée. Quelle relation existe-t-il entre la communication institutionnelle et la notion de crise ? Ce terme recouvre des significations différentes, dans le temps et selon les usages, et on le restreint ici à l'acception proposée par les discours institutionnels et selon laquelle les dispositifs de régulation seraient en crise. Sur le plan théorique, les conflits de définitions possibles et les interprétations multiples du mot crise existent, mais sont-ils pour autant à envisager ici ? Ne vaudrait-il pas mieux plutôt rechercher ses origines, ses modes de développement, les possibilités et les limites de cette notion ?

La communication institutionnelle des entreprises autour des codes de déontologie, par ses éléments discursifs et symboliques, n'encourage-t-elle parfois l'émergence ou l'installation d'une crise en n'œuvrant pas pour la déjouer mais pour l'installer au contraire ? L'hypothèse selon laquelle la défense des dispositifs d'autorégulation passe par une rhétorique de crise dont les acteurs de l'entreprise sont eux-mêmes porteurs, mérite d'être explorée. Quelle relation existe-t-il entre la communication institutionnelle et la notion de crise ? Ce terme recouvre des significations différentes, dans le temps et selon les usages, et on le restreint ici à l'acception proposée par les discours institutionnels et selon laquelle les dispositifs de régulation seraient en crise. Sur le plan théorique, les conflits de définitions possibles et les interprétations multiples du mot crise existent, mais sont-ils pour autant à envisager ici ? Ne vaudrait-il pas mieux plutôt rechercher ses origines, ses modes de développement, les possibilités et les limites de cette notion ?

La situation paroxystique générée par un grand accident technologique offre une opportunité pour étudier le comportement et le fonctionnement des médias d'information. Le système médiatique opère comme un système complexe qui transforme son objet, la crise technologique, en une nouvelle réalité politique et sociale. Les discours de mise en sens, de mise en scène, "connectent" l'opinion publique à un espace événementiel qui entrave sa faculté de représentation du risque et accroît ainsi sa vulnérabilité.

Confiance et communication politique semblent indissociables et irréconciliables. Paradoxe auquel s'ajoute une double crise : de nombreux hommes politiques pensent que la crise de la confiance qui les atteint peut être résolue par le miracle de la communication politique, tandis que cette dernière, objet de suspicion, est rejetée sitôt visible. Employée à contretemps, elle risque de miner davantage la confiance. Pourtant, la confiance est indispensable à la démocratie, légitimant l'homme politique et rendant acceptable la communication politique. Au-delà de la réflexion théorique, l'analyse d'un cas concret de tentative pour récupérer la confiance défaillante, le discours prononcé par Jacques Chirac après les difficiles élections aux présidences de régions, permettra d'analyser les composantes de cette double crise.

Le but de cette recherche est d´analyser la façon dont des principes de non communication entrepris par le groupe neo-zapatiste, invitent a créer une dynamique de communication très forte. Par habitude, les neo zapatistes entreprenent un dialogue avec la société à travers des communications se publiant dans la presse. Mais, que se passe-t-il quand à la place il n´y a que du silence, c´est à dire, de la non communication? On part de l´ étude du silence mené par les zapatistes après Acteal. Un silence s éxpriment par les masques et le manque de communication de Marcos dans la presse mexicaine dans une période de six mois. Ce silence mene à agir un bon nombre d´acteurs sociaux, beaucoup plus qu´en temps normal, c´est à dire, quand on reçoit de façon permanente des communications des neo-zapatistes dans la presse. leur réaction alors est très faible.

La crise financière de 1998 et sa sortie, ont surtout été affaire de communication. La complexité induite par la globalisation, oblige les acteurs des marchés à renoncer à comprendre la réalité des problèmes. Ils ne font plus que parier sur les capacités des décideurs, et pressentir l'orientation des marchés. Ils se fondent sur des sentiments plus que sur des faits, et ce, avec bonne conscience, car la visibilité est nulle. L'analyse des faits cédant la place à l'interprétation et au pari sur le sens du consensus, les avis des gourous seront prisés. Dès lors, la communication peut devenir, en soi, la source du déclenchement ou de la résolution des crises. Et les émetteurs, acteurs de l'économie réelle, se mettront à gérer la communication presque plus que leurs entreprises.

Les risques majeurs originaires des techniques ou de la nature sont toujours complexes : ils mettent en jeu de nombreux acteurs. Les réactions aux risques, leur gestion et la résolution des crises qu'ils peuvent provoquer exigent de respecter des principes simples. Indépendamment des responsabilités engagées les actions mises en place visent à motiver, fédérer, unir et coordonner les partenaires.
 

ETAT DE LA RECHERCHE


 

ANALYSE


Cet article se propose de contribuer à expliquer pourquoi la coopération est susceptible d'apparaître ou non dans les rapports de négociation, en adoptant l'angle de l'interaction inter-individuelle. Il s'appuie sur une confrontation de travaux issus de la théorie des jeux, de la psychologie sociale expérimentale, et de la négociation. Dans la première partie, on s'attache à montrer que la tendance à se comparer à autrui est sous-jacente aux comportements non coopératifs en négociation, tant à travers l'évaluation des gains que des comportements d'autrui. La seconde partie met en évidence les facteurs le plus à même d'expliquer l'instauration de la coopération dans les négociations, notamment la stabilité des interlocuteurs entre et au sein des organisations.

Pouvons-nous sortir du désir mimétique et de la violence associée ? L'hypothèse consiste à poser l'existence d'un vrai désir, celui de découvrir son " unique ", dont le désir mimétique ne serait que la tentation omniprésente. Le vrai désir pousserait à aller vers soi, dans l'ignorance de ce " soi ". L'unique de chaque personne ne se construit que dans l'interaction avec l'unique de l'autre. Les différences qui apparaissent alors peuvent devenir joie de la reconnaissance mutuelle, à condition de ne pas céder à la tentation du désir de l'unique de l'autre et de dépasser la souffrance inhérente aux différences. Ce chemin passe par la vertu d'une confiance bien gérée.
 

EXPERIENCE


 

ENTREVUES


 

BIBLIOGRAPHIE