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N°8 - La communication au service de l'information ?

Revue N°8 - 2ème semestre 1995

La communication au service de l'information ?

(Dossier coordonné par : Philippe Loquay)

 

DOSSIER

Quand on ne confond pas les deux termes par stratégie, on oppose généralement «information» et «communication» en établissant une hiérarchie dans la valeur respective des deux postures. A l’information, la part noble, le “bon contenu” ; à la communication, la part d’ombre, de manipulation, de soumission au politique ou à l’économique. “D’où l’idée apparemment simple, et fausse : séparer les deux. Sauver l’information contre la communication. Dénoncer les méfaits de la seconde pour rappeler les bienfaits de la première. Séparer le bon grain de l’ivraie. L’information du côté des valeurs, la communication du côté des intérêts.”2 Ceci se manifeste, par exemple en France actuellement, par une attitude de défense de la part des journalistes, terrés derrière des positions de principe régulièrement battues en brèche par les pratiques professionnelles et considérées avec ironie par l’opinion, et par une identique paranoïa -ou la simulation de la candeur- par les professionnels de la communication qui se retranchent, eux aussi, derrière des incantations magiques. Comme le mot «vérité» revendiqué par les uns et les autres3. C’est dire si le dialogue est arrivé à une impasse... Et encore, ces remarques trop rapides ne concernent-elles que les relations entre médias et professionnels de la communication autour desquelles on a tendance à focaliser le débat. Faudrait-il également faire porter son attention sur la manière dont on traite, entre autres, de la consommation, sur l’usage que l’on fait des sondages, sur la façon dont on aborde la spécialisation technique ou professionnelle, l’entreprise, le local, etc... ou s’éloigner radicalement du couple médias-communication pour aborder les problèmes touchant à la communication du politique, à l’information scientifique et technique, aux usages sociaux de la communication et à leurs représentations en général. Ou encore réfléchir à la réalité économique de la presse, à ses ressources, à qui la dirige, au poids relatif qui occupent désormais les rédactions, à la croissante part que représentent les “ménages” dans les revenus des journalistes, etc. L’ambition de ce numéro de Communication et Organisation est d’évaluer, avec le moins d’a priori possible, la place et l’apport, positif ou négatif, des méthodes de la communication dans les actes d’informer en général et le journalisme en particulier, d’en mesurer les effets. Y-a-t’il conflit entre les deux approches et quels sont les intérêts en jeu4 ? Quel en est l’impact dans l’opinion -elle-même prétexte ou otage- ? En un mot, tout en mesurant les inévitables interférences entre les deux attitudes -comment pourrait-il y avoir “information” sans “communication” ?-, essayer d’évaluer l’acceptable pour les uns et pour les autres, marquer non pas les frontières, mais les terrains neutres, les portes, les passages inévitables, indispensables, afin de rendre à chaque territoire son intégrité. Au terme de la quête provisoire que représente ce numéro, il reste beaucoup à faire, mais nous nous permettons de penser que la manière dont nous l’avons fait mérite d’être poursuivie, développée, discutée. Nous avons commencé par marquer les territoires en affichant les équivoques voire les paradoxes. Un journaliste, Florian Sauvageau, et un “communiquant”, Bernard Dagenais, ont accepté de se prêter au jeu de l’article à deux voix. Leur conclusion n’est pas très optimiste : la confusion des genres a tendance à se développer. Le plus gros risque réside dans l’incertitude” qu’elle jette “sur la libre circulation de l’information et des idées et sur le contrôle des enjeux socio-politiques”. Dans le même ordre d’idée, François Demers s’interroge sur l’évolution du rôle de la presse dans la société, liée à l’évolution même des formes de la démocratie. S’appuyant sur les considérations de Jean-François Thuot à propos des formes post-modernes de la démocratie5, il montre en quoi le sens critique qui fondait le journalisme lui fait de plus en plus cruellement défaut. La presse perdant ses normes, se fragilise à l’instar des autres pouvoirs. La communication ne représente par ailleurs que la séduction indispensable à la marche d’une démocratie “fonctionnelle”. Patrick Lamarque, l’auteur des Désordres du sens, revient, dans un article d’humeur, sur les relations entre information, communication et démocratie. C’est bien entendu pour les rapporter à la logique sociétale, en particulier économique, dans laquelle elles s’exercent. Mais aussi pour rappeler que le message est marqué par/pour celui à qui il est destiné. “Troisième terme déterminant de tout schéma de communication”6. Enfin, Jean Devèze renvoie quasiment dos à dos information et communication en plaidant pour une éthique laïque commune à ces deux secteurs. La deuxième partie du dossier s’appuie plutôt sur des exemples que sur des considérations générales. Jean-Paul Brunel, rédacteur en chef du grand quotidien régional français Sud Ouest, décrit le processus de mise en place de “plans concertés de développement” dans ce journal. S’inscrivant dans une “politique de développement”, ces plans associent les journalistes à la démarche marketing générale du titre. Une démarche qui ne se fait pas toujours sans heurts et sans réticences de la part des rédactions. Daniel Bougnoux, auteur par ailleurs de La communication contre l’information7, illustre la nécessaire complémentarité entre information et communication, par l’exemple de la communication du Gouvernement français, lors du mouvement social de la fin de l’année 1995. Il nous montre ainsi que l’information ne va jamais de soi. Une démonstration à rapprocher des théories -inachevées- des années soixante, de Waine Batteau sur la “signification”. Marianne Kugler s’appuie sur la communication scientifique. En affichant le hiatus qui existe entre scientifiques en quête de “publicité” -et d’argent- et les exigences de la vulgarisation, elle met le doigt sur la nécessaire marge de liberté des uns et des autres. Enfin, Laurence Monnoyer revient aux préoccupations sociétales et démocratiques abordées par les auteurs des premiers articles du dossier, sous l’angle plus théorique de l’approche habermassienne. Seule l’information citoyenne et critique, dialoguée, peut offrir un contrepoids à la fermeture politique. Daniel Bougnoux, au fond, ne dit pas autre chose.

Lorsque l'on aborde le couple information-communication, la tendance la plus répandue est d'opposer les deux termes. Cette attitude est principalement celle des journalistes qui s'estiment agressés par les professionnels de la communication qui prétendent leur souffler, aux deux sens du terme, une partie de plus en plus grande de leur travail. La confusion règne donc dans les métiers de l'information et de la communication, entretenue par les discours des uns et des autres. Un journaliste et un "relation-niste" analysent ici, à deux voix, les ambiguïtés qui fondent cette confusion.

La communication gagne l'information et le sens critique qui fondait le journalisme lui fait de plus en plus défaut. C'est le développement de l'information existentielle liée aux études marketing. Mais c'est aussi l'inscription dans une logique politique "post-moderniste" : l'avènement d'une démocratie fonctionnelle. Le déclin de l'Etat-nation et de la culture fragilise tous les pouvoirs , en particulier le "quatrième pouvoir", celui de la presse.

"La démocratie est une modalité de l'information", nous rappelle Patrick Lamarque. Et la question de la qualité de l'information est essentielle pour la démocratie. Mais, "la communication est un des instruments du pouvoir". On ne peut donc éviter de rapprocher l'une et l'autre. Comme on ne peut éviter de les rapporter à la même logique économique. Cependant, plus que les propositions faites selon les objectifs distincts, c'est leur lecture finale qui compte.

En réponse au thème "L'information au service de la communication", et réticent à ce principe de vassalisation de l'une à l'autre, l'auteur vise à l'inverse leur rapprochement en mettant en évidence ce qui les rassemble et les réunit : une commune exigence éthique. Passant en revue des travaux anciens ou récents, abordant cette question, l'éthique de l'information et de la communication, il met en relief : 1 - la naïveté de nombreux discours déontologiques issus des milieux professionnels de l'information et de la communication ; 2 - l'importance de la réflexion critique inspirée par certains secteurs de l'Église catholique en dépit des attitudes dogmatiques de son pontife et la Curie ; 3 - l'insuffisance d'une réflexion indépendante de toute référence dogmatique, encore balbutiante malgré l'apparente laïcisation des pratiques de larges pans des sociétés contemporaines. Il plaide pour l'approfondissement et l'enrichissement d'une pensée authentiquement laïque, proposée à tous les acteurs, sans distinction, de l'univers de l'information et de la communication.

Les journalistes prétendent travailler en fonction des attentes supposées de leurs lecteurs ou auditeurs. En ce sens, on pourrait dire qu'ils font naturellement acte de communication afin de mieux faire passer l'information. La crise que traverse la presse, économique mais aussi de confiance, peut faire planer un doute sur adéquation entre les propositions des uns et les attentes des autres. N'est-il pas temps pour les journalistes de prendre en considération, tout en l'intégrant dans leur propre logique, les outils de marketing dont disposent les journaux ? Le développement de la presse (et d'abord sa survie) n'est-il pas à ce prix ? Exemple du quotidien régional français "Sud Ouest".

Information et communication ne sont pas opposées mais complémentaires. La première, fondée sur le principe de raison, nécessite la seconde. Car la seconde se nourrit de la relation, de la "redondance communautaire", sans laquelle une information ne peut être partagée. Daniel Bougnoux s'appuie sur l'exemple du mouvement social de la fin de l'année 1995 pour analyser le "malentendu" entre le pouvoir et la nation. "Gouverner, ce n'est pas administrer mais "...) communiquer". La communication précède l'information qui ne va jamais de soi.

Au Québec, les scientifiques veulent que les médias parlent de la science quand ils veulent et comme ils veulent. En ce sens ils préfèrent "communication scientifique " à "information scientifique". Pourquoi est-ce ainsi ? est-ce partout ainsi et est-ce appelé à changer ?
 

L'article suivant s'appuie sur un travail de thèse en cours. Il tente de démontrer que les processus de légitimation du discours politique ne s'épuisent pas dans les catégories analytiques définies par Habermas : système et monde vécu. Une expérimentation sur un discours théorique qui, indirectement, renvoie à la question de l'information, assénée ou justifiée, et de la communication au sens le plus noble du terme : la discussion. Avec une évidence sous-jacente : il n'y a de contrepoids à la fermeture du système politique que l'information citoyenne.
 

ETAT DE LA RECHERCHE


Bien que l'image d'entreprise soit l'objet de nombreuses études, rares sont les auteurs à s'intéresser à la facette interne de cette image, c'est-à-dire à celle perçue et exprimée par les personnels de l'entreprise. Cet article approfondit les spécificités de l'image interne afin d'en démontrer le rôle dans la gestion des ressources humaines, d'en favoriser et d'en faciliter l'approche et d'en déduire des implications stratégiques pour l'entreprise.
 

ANALYSE


Théophile Malicet fut un enfant heureux puis un apprenti émérite au sein d'une petite forge familiale du "Creusot ardennais". Abandonner l'école lui fut un premier sacrifice mais il mena de front vie d'ouvrier et vie d'autodidacte. La guerre de 1994 mit fin à l'activité des Malicet et infligea une succession effroyables de deuils à Théophile, qui n'avait que seize ans. Debout, frères de Misère rend hommage aux chers disparus, à leur courage, à leur honnêteté, à leur intelligence. Ce livre est l'aboutissement d'une entreprise de mémoire ayant "nécessairement valeur de mémoire d'entreprise : élaboration littéraire simple mais riche.

Partant du constat que, malgré la place croissante qu'ils occupent dans nos vies quotidiennes, les systèmes signalétiques n'ont pas fait l'objet jusqu'à maintenant d'une réflexion véritablement approfondie., cet article propose de poser les jalons d'une analyse pluridisciplinaire des ces dispositifs. Leur nature, les logiques d'acteurs qui sous-tendent leur mise en oeuvre, leurs fonctions d'orientation mais aussi d'information et de communication ainsi que leurs limites esthétiques et idéologiques sont ainsi évacuées, par le biais d'exemples de réalisations tant urbaines que de musées. Une attention particulière est portée sur la relation qu'entretiennent ces systèmes avec le temps, celui des parcours et celui de l'espace représenté.

Si la désyndicalisation est la désaffection des salariés à l'égard des confédérations syndicales, n'est-ce pas dû au fait que syndicats et salariés n'ont plus grand chose à se dire ou qu'ils ne se comprennent plus, pourquoi dès lors ne pas analyser le phénomène en termes de ruptures de "contrat de communication", d'autant que les sociologues se perdent en conjectures ? Les sciences de la communication peuvent peut-être apporter une synthèse là où l'étiologie de la désyndicalisation s'éparpille. Mais quelle synthèse ? Notre découverte serait celle d'un "tautisme" communicationnel selon le mot de Lucien SFEZ, principalement selon nous, d'un "tautisme" économiste, c'est-à-dire d'un système symbolique économique qui s'auto régule selon son ordre propre.
 

EXPERIENCE


Cet article aborde en deux temps une réflexion sur l'histoire d'entreprise. En premier lieu, il dresse un certain nombre de constats préliminaires sur l'intérêt porté aujourd'hui par les entreprises à leur histoire et sur la nécessité de la conservation de la mémoire. Quelques pistes sur les perspectives technologiques qu'ouvre la modélisation des connaissances sont par la même occasion esquissées. En second lieu, la démarche accomplie par le CCF à l'occasion de la célébration de son centenaire en 1994 est présentée de façon détaillée. L'article développe les intentions initiales, présente les méthodes d'investigation utilisées, définit le rôle des partenaires. Il évoque la démarche globale de la communication réalisée par le CCF à l'intention des publics internes et externes (clients, prescripteurs). Par ailleurs, il présente les différents supports réalisés dans le cadre du centenaire (livre d'histoire, film, convention d'entreprise, opérations destinées à la clientèle, etc....). Enfin, après une évocation des retombées du centenaire et la poursuite de l'action de sauvegarde historique, une conclusion aborde la portée réelle d'une communication historique.
 

BIBLIOGRAPHIE