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N°10 - Méthodes de recherche en communication

Revue N°10 - 2ème semestre 1996

Méthodes de recherche en communication

(Dossier coordonné par : Paul Stryckman)

 

DOSSIER


La recherche en communication pourrait être vue comme un " discours sur " sur une pratique de discours. Son principal objectif est le dévoilement des conditions de possibilité de sa production, de son contenu, de ses effets, de ses intentions. Il est dans l'ordre de l'explicitation d'une pratique. L'opération n'est pas si simple parce que ses enjeux reposent sur un étrange compromis de prétendre donner sens à une pratique porteuse de sens et d'intentions. Ceci peut aussi vouloir dire que sens et significations, dont son existence est garante, ne sont pas nécessairement étrangers au sens à chercher, à trouver ou à donner aux objets et aux acteurs. Cela peut aussi vouloir signifier que la recherche dans son effort de dévoilement entretient difficilement un langage neutre ou objectif. C'est pourquoi, sa pratique fait souvent appel à la " méthode " ou à la " méthodologie " comme balise d'une scientificité à confirmer. Mais faut-il parler de méthode, méthodes, méthodologie et est-il correct de d'en parler comme le fait toute une littérature aux prétentions scientifiques ? C'est bien la question posée sous le texte de P. Stryckman. Son texte essaie de faire une mise au point lexicale et mise en perspective épistémologique. Dans la mesure où la méthodologie devient réflexion sur la méthode, nous disposons de deux acceptions du terme. La méthodologie positive est un regard analytique sur des chemins suivis, explicitation peu développée par les chercheurs dans les sciences de la communication. La méthodologie est normative quand elle impose des étapes, de protocoles à suivre, méthodologie systématiquement proposée dans la plupart des manuels de recherche en communication. La méthodologie positive s'affirme plurielle et la méthode y devient un chemin systématique vers la reconnaissance, voire la construction d'un réel. La normative privilégie une vérité, un savoir accessible par la méthode canonique dont le paradigme exemplaire est certainement la méthode des sciences expérimentales reposant sur le modèle dit hypothético-déductif contre lequel le texte de A. Mucchielli mène un combat. Opter pour une approche plurielle, c'est reconnaître la nécessité de parler de méthodes parce que le passage entre les langages théoriques et observationnels fait place à des stratégies d'approche et de problématique. Malheureusement, une tradition solidement implantée réduit la méthode à la technique. On pourrait y voir une évacuation de toute «méthodologie» tant positive que normative au profit d'une idéologie technicienne supportant implicitement un positivisme latent, ravage condamné par A. Mucchielli. C'est pourquoi il faudrait reprendre au lexique des sciences dites naturelles le concept de protocole pour bien marquer qu'une recherche empirique applique un protocole parmi beaucoup d'autres possibles, ce qui serait la reconnaissance qu'un pluralisme de la méthode précède les options et les décisions quant aux techniques utilisées. Le lexique de la méthodologie n'est pas le seul en souffrance dans le domaine de la recherche. On pourrait dire que nous entretenons la confusion par manque de rigueur dans le repérage même des niveaux du travail intellectuel. C'est ce que montre le texte de G. Willett. Son analyse apporte de nombreuses précisions et clarifications dans le halo polysémique relativement flou dont souffrent bien des textes qui jonglent entre théories, modèles, paradigmes, schémas. Pour faire sérieux, nous disposons de " modèles ", de " paradigmes " sans trop savoir ce qu'il faudrait entendre par ces termes et ce en quoi ils sont distants de la théorie. Dans ses conseils pour des recherches en communication, A. Mucchielli propose une méthodologie normative à partir d'une lecture de plusieurs comptes-rendus de recherche. Son texte n'impose pas une procédure, mais il met plutôt en garde contre des glissements de langage dus à des manques de clarifications dans les termes et les problématiques. Il invite à rendre plus explicites les étapes de la recherche. Militant en faveurs de méthodes qualitatives, le texte pose la délicate question du " surgissement du sens " dans la complexité par opposition à la solution dite linéaire imposée par la formulation classique de l'hypothèse. La production scientifique instaure aussi des mécanismes de légitimation au sein de la communauté scientifique selon l'application de certaines normes garantes de sa scientificité. Un regard critique sur les procédures d'évaluation de celle-ci est proposé par M.G. Suraud. La notion de paradigme est ici nécessairement mise en application pour montrer comment la scientométrie fonctionne plus à partir du «document» et de la «catégorie» que de la recherche se faisant. La scientométrie apparaît plus comme prise dans le traitement du métalangage que la science produit dans sa pratique. M. Tixier propose un bilan de méthodologie positive dans la pratique de la communication dans l'entreprise. Le texte montre comment l'évaluation des techniques courantes est fortement dépendante de contraintes et du contexte dans lesquels l'entreprise active sa pratique communicationnelle. Les textes de M. Kugler et M. Versel exposent des réflexions méthodologiques sur des pratiques. L'étude de cas, cheminement qualitatif présentant d'importants avantages pédagogiques, reste encore ouverte à une réflexion d'intégration dans le cadre d'une pensée plus analytique visant à dépasser le descriptif. Dans ce sens, cette technique met bien en évidence la question du surgissement du sens auquel le texte de A. Mucchielli revient à plusieurs reprises. À partir d'une définition classique la crédibilité du journalisme, M. Versel pratique une analyse sémiologique. Texte témoin visant essentiellement à montrer que, en sciences humaines, tout est avant tout langage et que le travail méthodologique consiste étrangement à récupérer l'élaboration systématique d'un métalangage. Ceci nous rappelle que la méthodologie en sciences de l'information et de la communication s'inscrit dans une boucle épistémologique spécifique. Son premier objet est essentiellement un médium de sens et son effort d'explicitation en tant que savoir critique cherche à mettre en évidence le sens d'une démarche, les cheminements qui laissent voir la logique ou les logiques des pratiques médiatiques qui lui sont propres.

Le concept de méthode couvre deux champs distincts. Il a une portée descriptive dans la présentation des étapes d'une recherche et une portée normative par son renvoi à un ensemble de règles de scientificité. la méthodologie, en tant que réflexion sur ces deux modes, peut analyser les pratiques suivies dans une recherche ou prescrire des règles à appliquer. Une tradition tente à confondre méthodes et techniques. Cette restriction méthodologique repose sur la définition dominante de la connaissance expérimentale. Ceci est particulièrement observé dans les manuels de méthodologie sur la recherche en communication.

L'auteur traite des termes paradigme, théorie, modèle et schéma. Il tente de clarifier le plus possible ces termes en traitant de l'essentiel et en mettant l'accent sur ce qui permet de les différencier. Il rend compte de certaines difficultés provoquées par la polysémie de ces termes. Il termine en soulevant certaines questions à propos de la communicologie.

La lecture d'un ensemble d'articles et de comptes-rendus de recherche en science de l'information et de la communication inspire un certain nombre de réflexions à un directeur de recherche qui nous en fait part. Ses remarques concernent aussi bien l'utilisation des "hypothèses de recherche" que la formulation d'une "bonne problématique" ou que l'explication d'une "méthodologie" appropriée en passant par la définition d'un "bon cadrage" ou la nécessité de se montrer préoccupé des retombées scientifiques et techniques de la recherche. Bien entendu ses "conseils" révèlent des possibilités épistémologiques théoriques et pratiques précises sur lesquelles, d'ailleurs, il souhaite que s'instaure un vrai débat entre les chercheurs de la discipline.

Le développement des outils et des méthodes scientométriques représente actuellement un enjeu considérable pour l'évaluation de la recherche. Fondée sur l'analyse statistique de grandes séries de références bibliographiques issues des bases de données, la démarche scientométrique soulève deux problèmes : celui de l'adéquation entre les méthodes utilisées et les objectifs à atteindre d'une part, et celui de la pertinence d'un modèle scientifique inhérent à cette discipline d'autre part. Une double étude empirique menée sur les conditions d'émergence d'un concept en sciences physiques fonde les critiques apportées à la démarche et aux méthodes scientométriques.

La fonction communication, pour être une fonction managériale reconnue, doit se prouver utile et rentable. Elle exige le développement et le perfectionnement d'outils et de méthodes tendant à prouver cette efficacité et cette rentabilité. C'est de ces outils, de leurs avantages et de leurs limites, ainsi que des circonstances dans lesquelles ils peuvent être utilisés, que traite cet article.

A partir de l'analyse sémiotique de la crédibilité, est abordé en termes de signification la transformation d'un concept - la crédibilité journalistique - en schématisation.

Les cours "études de cas" font partie de presque tous les curriculums universitaires de formation à des pratiques professionnelles. Quels savoirs sont transmis dans ces cours ? Comment le professeur doit-il les mettre en perspective ? C'est de cette réflexion qu'il sera question dans cet article.
 

ETAT DE LA RECHERCHE


 

ANALYSE


La communication internationale ne peut ignorer les cultures régionales et nationales. Cela n'est pas évident pour tout le monde de regarder les publicités télévisées pour le constater. Toutefois, on s'aperçoit que la perméabilité des cultures nationales est plus grande qu'on ne le pense. Les choses se compliquent lorsqu'il ne s'agit plus d'implanter une culture mais de créer une culture d'entreprise pour permettre à des acteurs de cultures différentes de travailler ensemble.
 

EXPERIENCE


Depuis 1993 est ouvert à Roubaix (59) le Centre des archives du monde du travail. Un chercheur en sciences de la communication présente ici le travail de la direction de ce centre, en deux entretiens, donne quelques informations utiles et les difficultés d'un travail d'archives pour les chercheurs en sciences de la communication.
 

ENTREVUES


 

BIBLIOGRAPHIE

Voilà un ouvrage qu'on attendait et l'on ne saurait trop remercier Alex Mucchielli d'avoir pris l'initiative de réunir autour de lui une vingtaine d'universitaires pour le produire. Ces enseignants-chercheurs français, mais aussi belges, québécois et suisses font, pour la plupart, autorité dans leur domaine. Il suffira de citer Jacques Fontanille, Martine Joly et Robert Marty pour la sémiotique, à titre d'exemple, pour en convaincre nos lecteurs.Chacune des quelque 200 entrées de ce dictionnaire comporte au minimum une définition claire traitée d'un double point de vue diachronique et synchronique. Souvent, cette définition est doublée d'une rubrique qui définit les caractéristiques du concept ou de la méthode et d'une autre qui fournit un ou plusieurs exemples en facilitant la compréhension. On pourrait, au passage, reprocher l'absence de normalisation de la présentation qui fait que certains contenus sont supérieurs à d'autres, mieux explicites, plus didactiques. D'autant que l'ouvrage est proposé comme un manuel. Mais cette disparité est un écueil difficile à éviter : les auteurs sont des spécialistes reconnus mais des vulgarisateurs inégaux. On pourrait reprocher encore à ce dictionnaire d'être recommandé, en quatrième de couverture, aux seuls étudiants de 1er et 2e cycles de psychologie, philosophie, sociologie, ethnologie et histoire. D'abord parce que les étudiants de troisième cycle, post-maîtrise, en tireront eux aussi avantage. Ensuite parce que les jeunes chercheurs en sciences de l'information et de la communication, qui ne sont, à proprement parler, ni des psychologues, ni des philosophe, ni des sociologues, ni des ethnologues, ni des historiens, en feront certainement un usage profitable. Et il en sera de même pour ceux d'autres disciplines.Le grand mérite de ce livre est de faciliter les mises au point en rassemblant en un seul volume le minimum nécessaire à la compréhension des multiples approches qu'autorise la recherche en sciences humaines et sociales. Un autre mérite, et non le moindre, est de rappeler aux chercheurs, pas seulement débutants, que ces approches sont nombreuses et variées et qu'il existe d'autres moyens que l'entretien pour collecter des données et que l'analyse de contenu pour les exploiter. Bref, voilà un ouvrage que nous ne saurions trop recommander à tous ceux, quel que soit leur niveau, que la recherche en sciences humaines et sociales intéresse, notamment dans les domaines de l'information et de la communication.
A la conception instrumentale d'une communication destinée à la seule transmission de la culture, l'auteur oppose une conception différente dans laquelle communication et culture sont liées dans un rapport d'inclusion réciproque. Dans ce rapport complexe, le langage joue un rôle de médiation essentiel. Médiation, si l'on considère que c'est dans le champ du langage que sont élaborés et en même temps transgressés les codes, les systèmes, les productions et les pratiques individuelles et sociales. D'où la nécessité de penser ce “ couple étrange ” selon une logique d'investigation transdisciplinaire, se nourrissant de tous les apports des sciences de l'homme.L'ouvrage se présente en deux parties. La première partie expose les différents points de vue théoriques autour de la question centrale du langage et décrit les multiples acceptions de la culture selon les différentes disciplines. Une part importante est consacrée à la problématique du signe et de l'énonciation. La seconde partie envisage la culture comme une médiation entre “ l'individu, les manifestations qui l'expriment et le monde dans lequel il établit une relation avec les autres ”. Deux pratiques sociales sont examinées à la lumière de cette thèse : les phénomènes culturels dans l'entreprise et la production critique.Culture et communication, ouvrage de culture et de synthèse, est à conseiller à ceux qu'oublis et préjugés ont laissé sur les rives d'une pensée académique.
Avec cette Anthropologie de la communication, le lecteur voit s'étendre le champ d'application de l'ethnométhodologie récemment précisée par Hubert de Luze (Paris, Anthropos, 1997), passée de la sociologie aux sciences de l'éducation (voir Rémi Hess, Chemin faisant, Paris, Ivan Davy, 1996), ainsi qu'à la thérapeutique (voir Georges Devereux, Essais d'ethnopsychiatrie générale, Gallimard, 1970, Ethnopsychanalyse complémentariste, Flamarion, 1972). Yves Winkin introduit de manière convaincante à l'esprit et à la  méthodologie d'une anthropologie de la communication.Un rappel historique des approches de la communication dans les années 50 aux Etats-Unis, puis en psychologie sociale et dans les écoles de journalisme permet de distinguer la communication " télégraphique " de la communication " orchestrale " dont la conception est rapportée aux trois " précurseurs tranquilles de l'entre-deux guerres ", Edward Sapir, George Herbert Mead, Chester Bernard, ainsi qu'à " trois innovateurs de l'après-guerre ", Gregory Bateson, Ray Birwhistell, Dell Hymes.A la charnière du propos,  une présentation d'Erwing Goffman, " antropologue de la communication malgré lui ", l'auteur le plus rappelé dans la bibliographie est tout spécialement cité comme concepteur d'une visualisation des intéractions humaines selon une perspective scénique. Comment ne pas procéder ici à un rapprochement entre la parution aux Editions de Minuit en 1973 de, La mise en scène de la vie quotidienne , du chercheur Erwing Goffman et la parution chez Gallimard en 1974 de ,Théâtre/Roman, de l'homme de lettres Louis Aragon (" ... C'est pourquoi je me suis inventé de tout voir en théâtre... ") L'une des idées les plus originales d'Yves Winkin est d'envisager le passage de la métaphore dramaturgique à une formation des acteurs professionnels par la même observation de terrain qu'il préconise en anthropologie sociale (p 121). Professeur à l'Université de Liège, Yves Winkin n'exerce pas très loin du  Centre d'Etudes Théâtrales de Louvain-le-Neuve.Comme dans nombre d'ouvrages et d'articles contemporains, le terme anthropologie survient comme synonyme de celui d'ethnologie préalablement employé. Y-a-t-il lieu de s'en étonner ? L'important reste l'exposé clair de la démarche : "  Pour moi, l'etnographie aujourd'hui, c'est à la fois un art et une discipline scientifique qui consiste d'abord à " savoir voir ". C'est ensuite une discipline qui exige de " savoir être avec ", avec d'autres et avec soi-même, quand vous vous retrouvez face à d'autres. Enfin, c'est un art qui exige de savoir retraduire à l'attention d'un public tiers (tiers par rapport à celui que vous avez étudié) et donc de " savoir écrire ".
Art de voir, art d'être, art d'écrire. Ce sont ces trois compétences que l' ethnographie urbaine convoque. ” (p 106).Dans ce courant qui fait de l'ethnométhodologie une nécessité actuelle en sciences sociales, en particulier dans les sciences de la communication, l'ouvrage d'Yves Winkin est d'une remarquable qualité pédagogique, nuancée et critique autant que chaleureuse, riche de relations d'expériences vécues et analysées, riche aussi de tout une questionnement déontologique (p. 123 à 265).L'anthropologie de la communication selon Yves Winkin a pour objet d'" étudier le ronronnement du monde " (p. 205) mais de manière à éviter les " vertus  dormitives " de constructions théoriques qui continueraient de s'alimenter à la compilation livresque sans engagement de terrain. Yves Winkin propose une " anthropologie de la culture en acte " (p . 98) : " L'ordre interactionnel est une des modalités de l'ordre social tout entier " (p.110).L'œuvre de Pierre Bourdieu est citée parmi celles au contact desquelles s'est formée la pensée d'Yves Winkin. Son ouvrage pourrait se lire comme la mémoire d'une filiation intellectuelle complexe qui aurait trouvé les passerelles permettant aussi d'aller à la rencontre des chercheurs et des étudiants tentés par une anthropologie de la communication faite d'allers et retours entre la théorie et le terrain, sur le mode d'une observation participante exigeant la tenue d'un journal personnel (diary) laissant place aux analyses ultérieures indispensables.