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SÉMINAIRE AXE IDEM 2016–2017

MODES DE PRESENCE A L’ERE CONTEMPORAINE

(direction A. Mons)

 

MODES DE PRESENCE A L’ERE CONTEMPORAINE

1/ Praesentia : le fait d’être dans le lieu dont on parle, d’être dans le monde, renvoyant à une dimension existentielle d’un ici et maintenant, mêlant les temps néanmoins. En ce sens le problème de l’incarnation paraît un biais efficace pour appréhender ce qu’on nomme l’expérience du contemporain dans ses paradoxes patents.

Il n’y a jamais eu de présence sans absence. Nous faisons aujourd’hui l’expérience de l’instable dans la sidération des évènements, à travers le médiatique et une réalité sociale mouvante, avec les incertitudes de la mondialisation. Certaines créations sociétales, ou d’images, de design, artistiques, performances, et politiques, l’expriment, et proposent de renouer avec des présences, notamment à travers des « habituations » nouvelles, des scénographies au sens large où il s’agit de retrouver l’épaisseur d’un corps qui ne soit pas qu’une surface, mais plutôt une surface profonde.

Peut-être d’autres formes de présence naissent-elles à travers les nouvelles communications des machines abstraites ? Nous sommes ici et ailleurs, avec les déplacements de toutes sortes, les voyages réels ou virtuels. Cependant les déterritorialisations induisent par contre coup des reterritorialisations des flux, avec la nécessité de se recentrer, ou se retrouver physiquement ensemble dans un lieu concret, social, publique (places, institutions, travail, loisirs, évènements culturels) ou privé, intime (appartements, maisons, conjugalité, relations amoureuses, famille, amitiés, solitudes diverses), afin d’opérer un acte de présence complexe, puisqu’ on peut être là et autre part selon une latéralité cognitive.

2/ Une dialectique existence/disparition est-elle toujours à l’œuvre dans notre rapport aux images, aux corps, aux lieux, aux espace-temps qui se forment dans la mondialisation –localisation actuelle ? Il y a de nouveaux territoires existentiels dans une expérimentation de nos sensibilités et de nos subjectivités avec des agencements du dehors. Les questions des présences inachevées, modales, sont largement travaillées par les arts ou les sciences humaines d’aujourd’hui. A contrario on peut parler du « présent de la présence », de l’offrande d’une confiance, dans un monde d’incertitude et d’hésitation chronique qui fait système. En même temps la présence se dérobe, s’opacifie, elle serait toujours un effort à faire qui tient à la difficulté d’exister, mettant à nu « la scission de l’être » qui veut être là et ailleurs.

A travers cette problématique de la présence contemporaine l’hypothèse d’une guerre du sensible et de l’imagination dans une société hyper médiatisée et globalisée ne peut-elle pas être envisagée ? Des affects et des intelligences différentes sont en jeu entre le modèle des égosphéres des « vainqueurs » caractérisant le  libéralisme  économique diffus ou la bureaucratie techno-politique, et par ailleurs les modes existentiels fragiles des  « perdants » caractérisant une contemporanéité où les mondes s’interpénètrent dans l’abandon . A contrario des souffrances sociales ou individuelles infligées par les divers pouvoirs macro et micro, qui sont destructeurs, il s’agit de retrouver une conscience humaine, de reconstruire des sensibilités et de la confiance. Vaste chantier

3 / On peut constater la difficulté que les contemporains ont à être dans une présence durable, dans une époque de navigation incessante, de zapping, de mobilité virtuelle ou réelle, et d’éclatement des liens sociaux ou électifs, où les affects volent en éclats. Les présences au monde, à l’autre, aux autres, et à soi-même, dans les lieux, les relations, ou dans la pensée, sont comme battues en brèche par des comportements de duplicité pathologique, et stratégique. La séduction est devenue le moteur de l’ultra-libéralisme en tous domaines, avec ses impostures, cependant que ces prototypes atteignent leurs limites et engendrent des réactions de rejet, de défiance, de prise de conscience politique et éthique, ou de révolte parfois, avec des dérives possibles. Les problématiques de l’attention, de la concentration, du partage réel, de la contemplation, et de la sincérité, semblent se reposer puissamment dans le contexte d’une idéologie triomphante de l’autonomie d’un sujet infantile, opérant  ses « libres choix », ses simulacres, alors qu’il est le pur produit de la formation des « égosphéres » mis en place par la modernité. Tout ceci compte tenu que l’affect est toujours premier, il serait fondateur.

4/ Le séminaire pourra interroger plusieurs régimes de présence dans notre culture contemporaine, notre société de communication, en fonction des compréhensions et des regards variés mobilisés, puisque la perspective se veut interdisciplinaire à travers :

- notre rapport aux images qui nous entourent

- les espaces publics et culturels, en particulier urbains

- notre relation aux objets, au design configurant les espaces de vie

- les pratiques communicationnelles numériques, le web nomade

- l’intime, la vie privée, le sexuel, les générations, les affects

- les expériences de création, artistiques, ou des écritures, avec l’efficacité du fictionnel

- les formes de narrativité à l’oeuvre

Autrement dit les questions incarnées concernant les processus de la subjectivité sous-tendus par des pratiques sensibles démultipliant les perceptions, et le partage d’un imaginaire, seront au centre des préoccupations et des recherches. Dés lors la variété des disciplines peut être un atout correspondant aux profils particuliers des chercheurs et doctorants associés à part entière au projet IDEM Modes de présence à l’ère contemporaine : communication, anthropologie, sémiotique, sociologie, design, esthétique,   psychanalyse, urbanisme, discursivité, affectologie….

Le séminaire pourra être ouvert, en interrogeant plusieurs régimes de présence, en fonction des points de vue et disciplines envisagés. La méthode serait de prendre chaque élément de spécialité étudié dans sa combinatoire avec d’autres aspects qui entrent en corrélation,  dont le séminaire constitue le lieu des échos. Il n’y a pas de séparation à faire entre le numérique, l’habitat, la ville, les arts, les images, les objets environnants, les récits, les corps, les affects et sexualités : puisque nous les vivons concrètement et subjectivement dans leurs associations affectives et imaginaires, dans la vie commune. Chaque objet et sujet prend sens dans ses résonances avec les autres, au delà de l’hyperspécialisation qui constitue une impasse épistémologique. N’est ce pas dans l’agencement (au sens deleuzieu) des choses et phénomènes que nous vivons quotidiennement les modes de présence ?