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Séminaire axe 4 : Anthropotechniques de l’auto-design - séance 4

 

crédit : illustration d'artiste : Matthew Saba, Paper and Stone, 2015. matthew-saba.com

Séminaire de l’axe 4 du Mica
Art, design, scénographie : figures de l’urbanité

Thème 2015-2017: Anthropotechniques de l’auto-design


Mercredi 2 mars 2016

15h30 - 18h30

Université Bordeaux Montaigne, salle M100
Pessac
ligne B, station de tram " Montaigne-Montesquieu "


Présenté par Bernard Lafargue

professeur des universités, responsable de l'axe 4 du MICA.


Problématique

Dans notre monde de l’art, qui a succédé à celui de l’idéologie, le souci esthétique de soi est devenu le souci fondamental. Il a pris la forme de « l’auto-design ». Pour le pire comme pour le meilleur.
Le pire lorsque ses artistes-designers phares prennent la place du philosophe-roi de La République et de ses mille épigones pour mettre en œuvre un « design total » habile à drainer le désir de servitude volontaire de « l’homme-pluvier » du Philèbe, comme le craint une lignée de penseurs, de Marx à Stiegler en passant par Loos ou Foster.
Le meilleur comme l’espère une autre lignée, qui va de Nietzsche à Sloterdijk en passant par Michaud, Groys ou Shusterman, lorsqu’ils suscitent en tout un chacun le désir de designer sa propre existence pour ajouter l’exotisme de la petite touche de son auto-design au « design global » de la sculpture sociale du monde de l’art.
Ce n’est que dans cette dernière perspective, sociale, éthique, politique et écosophique, que le fameux vœu de William Morris: « être beau de corps, de cœur et d’esprit en travaillant de conserve avec ses concitoyens dans un bel environnement » pourrait se réaliser.

 

Intervenants

Johann CHATEAU-CANGUILHEM, Docteur en Esthétique de l'Art
La fin de la fin du corps, une esthétique mélioriste

Si la question spéculative du corps à l’ère de la troisième révolution industrielle, celle de l’informatique et des biotechnologies, est dominée par l’hypothèse posthumaine – comprenons un remplacement dystopique de l’être par l’objet, de l’organe par la machine, de la réalité par la virtualité –, le début des années 2000 voit se développer la notion plus volontiers technophile de transhumanisme. Après L’Adieu au corps de David Le Breton (1999) et La Fin de l’homme de Francis Fukuyama (1992), il s’agirait désormais de considérer, par l’incorporation des techniques, l’amélioration du corps et la naissance de l’extra-humain.

Cette intervention est l’occasion de s’interroger sur les considérations esthétiques que soulève un corps “mélioré”. L’esthétique sera envisagée au delà de ses acceptations traditionnelles que sont le naturalisme (l’art émergeant des besoins et des instincts humains naturels) et l’historicisme (l’art comme produit socio-historique d’une époque), comme une façon d’examiner, à la façon de Dewey, l’art en tant que forme sensible de l’expérience humaine, ce qui introduit une “manière de vivre”. Deux conceptions actuelles du corps émergent de cette coïncidence entre l’esthétique et le méliorime : la théorie queer de Judith Butler et la discipline de la soma-esthétique de Richard Shusterman.

Johann Chateau-Canguilhem est docteur en esthétique de l’art. Il poursuit ses recherches sur la représentation fictionnelle du corps et son épreuve à l’Université Bordeaux Montaigne.
 
Alexandra AÏN, Doctorante en Arts

Au delà de la binarité de genre : le corps neutre dans l'art contemporain

Dans notre société vit une pluralité de personnes au genre sortant de la classique binarité homme-femme dont le neutre. Il existe ainsi toute une communauté se revendiquant d'aucun genre ou bien de genre neutre.

Ainsi plusieurs artistes ont interrogé les thématiques du corps et du genre aux travers des notions de masculinité, féminité et leur entre deux. Dans ce cadre, où peut-on situer le neutre ?

La mode a déjà amorcé une réponse au travers de la mode unisex mais les représentations du corps neutre en dehors de ce champs sont – semble-t-il – peu nombreuses. La neutralité peut s'apparenter à une forme hybride, androgyne, ou bien une absence et devient quelque chose difficile à représenter alors que sa définition même est floue. Est-il possible de parler, représenter, le genre neutre en art ? Dans notre société fortement ancrée bi-genré, le neutre est-il possible ?

Doctorante en Arts depuis novembre 2012, sous la direction de Cécile Croce, Alexandra Aïn s'intéresse au design graphique et plus particulièrement à la typographie contemporaine. Sa thèse interroge les pratiques et les usages de la typographie aujourd'hui sous un angle esthétique et plastique et tente de dégager des réflexions et une pensée de la typographie postmoderne.