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séminaire : Réception & représentation - séance 4/7

 

Pratiques radiophoniques et dynamiques communautaires des jeunes
à l’ère du numérique en Afrique de l’Ouest


mardi 9 février 2016

à 17h00

MSHA, salle 2
Esplanade des Antilles, Pessac
(ligne B, station de tram “Montaigne-Montesquieu”)


Présenté par : Etienne Damome



Médias publics et privés de toutes catégories (communautaires, associatives, commerciales, religieuses, éducatives, communales, etc.) diffusent désormais tout ou partie de leurs programmes sur Internet dans l’intention d’élargir leur zone d’influence, mais également de toucher des publics plus spécifiques parmi ses usagers. Le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne manquent pas d’auditeurs. Ceux-ci sont constitués d’une part d’expatriés, de toutes conditions et de tous âges, les web-médias étant, avec le téléphone, les moyens que la diaspora privilégie pour garder contact avec la communauté d’origine (Kiyindou et Miéré Pélage, 2012). Mais ce sont, d’autre part, sur place, des jeunes et de plus en plus de moins jeunes qui écoutent la radio sur Internet et le téléphone mobile. Exploitant plus que leurs aînés les outils de stockage et de partage de contenus, les publics jeunes ont enfin trouvé une parade pour échapper à la temporalité médiatique qui ne coïncide pas avec celle de l’école. Cependant, plus que les modes de consommation, ce sont les dynamiques de réception et de post-réception induites qui méritent attention : consommation collective des médias alors qu’on croit spontanément que les technologies numériques amènent l’individualisation des pratiques ; interactivité accrue avec les médias et entre publics ; regroupement dans une communauté de pratiques, engagements divers dans l’espace public médiatique et social (militantisme dans les fan-clubs, dans des associations, participation aux débats publics, aux réseaux sociaux, aux mobilisations citoyennes et sociales, pratiques de médiations culturelles, etc.).

Ces processus observables dans le sillage des nouveaux médias viennent en renforcer d’autres qui ont existé de tout temps en Afrique. Dès son introduction, la radio a été identifiée comme un moyen efficace d’éducation populaire. La mise en œuvre de cette potentialité est passée par la constitution de groupes témoins devenus par la suite des relais de la politique d’éducation publique par la radio. Les radio-clubs et autres associations formées autour de ce média remplissaient déjà entre les années 1970 et 2000 la plupart des fonctions citées. Leurs activités constituaient une affirmation solennelle de la place de la réception dans la construction du contenu et du sens médiatique. Ces communautés prénumériques subsistent. Elles sont constituées en grande partie par des adultes encore attachés à l’écoute de la radio à travers le transistor ou passés à sa réception via Internet et le téléphone mobile, mais avec la particularité que les interactions se déroulent en présentiel et dans les limites imposées par la participation aux activités de l’association. Les communautés de jeunes formées grâce à des pratiques numériques de consommation des médias jouent en revanche sur deux sphères qui se superposent : la vie réelle avec des interactions entre gens qui se connaissent, fréquentent les mêmes écoles, se partagent les crédits téléphonique et de connexion Internet, et la vie virtuelle de ces mêmes personnes mais impliquant cette fois une communauté plus nombreuse qu’elles fréquentent à travers les forums et les réseaux sociaux. Virtuel et présentiel se superposent et se compénètrent au point qu’on pourrait parler d’une hybridité de modes de sociabilité entendue ici comme relations aux autres (Forse, 1991). On est donc au-delà d’une simple hybridé de modes de communication (Jouët, 1992). On constate aussi que, tant dans le cas des communautés prénumériques que dans celui des communautés de jeunes, les interactions débordent le simple rapport au média pour intégrer les rapports interpersonnels au sein du groupe et les interactions intercommunautaires dans lesquelles le rapport au média n’est plus, en quelque sorte, qu’un prétexte.

Ce séminaire propose d’observer quatre exemples de ces communautés instituées ou facilitées par les usages des technologies numériques de réception et de partage des contenus à travers les pratiques post-réception qui s’y déroulent.